Exposé introductif par Fabio Mainolfi

Fabio Mainolfi, Chef du projet FEDERATION au CNES
©Photo L. Honnorat

FEDERATION vise à ouvrir le  monde du spatial au plus grand nombre en mettant à profit la puissance de l’intelligence collective et le souci de chaque citoyen d’ancrer son action dans une démarche de création d’un monde futur. 

L’initiative devrait permettre le développement d’open hardware au niveau national et l’émergence de nouveaux concepts spatiaux susceptibles d’être développés de manière collaborative. FEDERATION vise à mettre en place et animer un écosystème spatial de rupture en fédérant différentes composantes de la société civile et en particulier les communautés existant déjà dans le monde des hackers, des makers et des réseaux de l’« économie collaborative ».

Sa spécificité sera d’ouvrir le monde de l’infrastructure spatiale à ces acteurs en leur offrant un cadre dans lequel les acteurs traditionnels du spatial (agences, laboratoires et industrie) puissent dialoguer et coopérer en réseau avec tous les nouveaux entrants motivés.

Depuis 2016 nous avons mené beaucoup de réflexions pour passer de cette vision à une mission bien définie.
L’originalité de FEDERATION amène à un grand champ des possibles et à un niveau important de complexité de mise en œuvre. 

 

Les « communautés ouvertes » : des modèles pour s’inspirer

La première étape a été de comprendre l’environnement sous-jacent et les caractéristiques structurantes des initiatives collaboratives. Au début du projet nous avons été accompagnés par OuiShare et nous sommes allés à la rencontre d’une partie de « l’écosystème collaboratif » français. Ce processus d’acculturation est très important pour comprendre le fonctionnement et les motivations des initiatives ouvertes.

Leur hétérogénéité rend difficile une définition simple, néanmoins le dénominateur commun de ces formes est leur organisation horizontale et leur socle basés sur des communautés amenant à des nouveaux modes d’usage, d’échange et de travail. Les initiatives portées par les communautés se structurent autour d’un projet commun ou d’un bien commun que peut produire le groupe.

Il s’agit de communautés à la croisée des réseaux sociaux et des lieux physiques. On constate une transposition des organisations issues de la culture Internet (non hiérarchiques, horizontales, évolutives), dans des espaces physiques avec une importance accrue de la rencontre et du partage.

Les modèles d’animation présentent une forte interaction entre les activités en ligne (réseaux sociaux, technologies numériques) et l’ancrage local (fablabs, makerspaces, hackerspaces, lieux de co-working). 

Indépendamment de leurs motivations (économiques, écologiques ou sociales), les communautés ouvertes adhèrent pour la plupart aux mêmes valeurs de liberté, ouverture, solidarité, transparence et responsabilité. 
Ces acteurs se positionnent comme des acteurs clés de la chaîne de production de la valeur. La gouvernance horizontale, l’apprentissage par pair, la connaissance partagée, la conception ouverte et la fabrication distribuée représentent des caractéristiques centrales.
Nous avons adopté ces valeurs, caractéristiques et modes de fonctionnement en tant que modèles pour l’initiative FEDERATION.

 

Une association FEDERATION dans la société civile

Nous nous sommes posé la question de comment construire et animer une communauté FEDERATION. Le premier réflexe a été de regarder ce qui est fait ailleurs. Nous avons conduit une étude cartographique des initiatives collaboratives qui existent dans divers secteurs industriels. 

Il a été mis en évidence que lorsqu’elles sont engagées par des acteurs établis traditionnels (industrie, institutions), il s’agit plutôt de démarches d’open innovation semi-fermées ou discrètes pouvant s’adresser à un public expert ou au grand public (hackatons, challenges, intraprenariat). 
Ces formes correspondent à des approches top-down et ne semblent pas pouvoir conduire à l’émergence d’un écosystème de rupture inspiré par la culture hacker, maker et plus en général Do it Yourself. Ce n’est pas ce que nous recherchions pour FEDERATION.

Au contraire les initiatives portées par des communautés ouvertes se structurent autour d’un projet commun ou d’un bien commun que peut produire le groupe. Il s’agit d’approches bottom-up. La question s’est posée tout naturellement: comment un acteur institutionnel peut-il impulser une dynamique ouverte de type bottom-up épousant toutes les valeurs et les modes de fonctionnement des « communautés ouvertes » ?

Nous avons mené un trade-off sur le rôle du CNES dans FEDERATION. Plusieurs concepts ont été considérés. Les risques et les opportunités liés à l’open source/hardware et en particulier les facteurs pouvant conduire au rejet de FEDERATION en phase d’exploitation ont été pris en compte.

Les analyses ont montré que le concept le plus prometteur est celui d’une association FEDERATION dans la société civile par des porteurs externes au CNES. Ce concept permet de créer le cadre et définir les règles du dispositif avec les intéressés (propriété intellectuelle, règles de participation, interactions avec l’écosystème existant). La création d’une association permet de fédérer l’ensemble des composantes de la société autour du spatial et de favoriser l’adhésion à FEDERATION tout en gardant une horizontalité organisationnelle.

L’idée est que FEDERATION s’appuie sur une plateforme Web permettant la formation, les échanges et la mise en projet et sur un réseau de lieux déjà existants (fablabs, hackerspaces, makerspaces).

Le CNES jouera un rôle de partenaire et de sponsor au niveau de l’association et aura un rôle informel dans l’animation et la participation à la communauté à travers l’intervention des ingénieurs, la proposition de projets à la communauté et l’apport de formation sous forme de MOOC. FEDERATION, pourra nouer des partenariats avec toute entité (industrie, secteur public ou associatif) qui souhaite participer à l’aventure et adhère aux valeurs et aux règles du projet. Par ailleurs la 3AF, Planète Sciences, OuiShare et Electrolab soutiennent déjà l’initiative.

Ce choix représente un point de départ car la forme de FEDERATION devra être consolidée et co-construite avec les parties prenantes dans la société civile. 


Déploiement

Le lancement qui a eu lieu au Salon du Bourget représente une première communication officielle vers l’écosystème spatial existant et l’officialisation du processus de co-création de Federation avec les acteurs de la société civile. Néanmoins, Il ne suffit pas d’ouvrir un actif ou de mettre en ligne une plateforme pour qu’une communauté de contributeurs s’en empare. La création d’un réseau, le démarrage de projets concrets et la mise en place des partenariats sont essentiels à la création de la communauté.

Dans les premiers pas de FEDERATION, nous essayons de susciter l’intérêt, provoquer la pollinisation et motiver. De nombreux contacts et rencontres ont déjà eu lieu avec des « communautés ouvertes ». L’identification d’un noyau dur de l’association permettra de passer de l’idée à la réalisation. Nous serons force de proposition pour la construction d’un dispositif viable et pérenne.

Cette dynamique se poursuit au quotidien et culminera à l’automne avec des « ateliers FEDERATION » dans différentes villes de France. À cette occasion les premiers projets devraient être lancés.

Il est possible d’entrer en contact avec le projet FEDERATION ou de s’inscrire à la newsletter à travers le site web : www.federation-openspacemakers.com

Ces initiatives s’accompagnent d’une dynamique interne au CNES. Nous nous engageons dans une dynamique d’ouverture amenant les ingénieurs du CNES à participer à la communauté externe dans un processus d’échange de pair à pair. Pour cela, nous allons lancer un trophée interne collaboratif impliquant toutes les directions du CNES et faisant intervenir toutes les compétences sur des thèmes à la croisée des objectifs technologiques sociétaux et économiques. Cette initiative devrait permettre de créer et animer une communauté FEDERATION interne pour pérenniser la démarche et préparer les échanges avec la société civile. Nous aimerions que les ingénieurs puissent dédier une partie de leur temps à FEDERATION. Nous pensons que l’articulation interne/externe est une clé de la réussite du projet. 

Nous espérons qu’une telle démarche attirera vers le secteur spatial un nombre toujours plus grand de contributeurs et que les rêves se transformeront en une réalité sous l’effet de l’effort collectif. ■

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