Interview de Louis-David Benyayer, ESCP Europe

Louis-David Benyayer
©Photo L. Honnorat

Diplômé de l’ESCP Europe et docteur en sciences de gestion, Louis-David Benyayer est chercheur et professeur affilié à l’ESCP Europe. Cofondateur de Without Model, think tank sur l’innovation de modèle économique, il a coordonné l’ouvrage Open Models, les business models de l’économie ouverte. 

Jean-Pierre Sanfourche : Comment le CNES est-il entré en relation avec vous et quelles sont les raisons qui vous ont conduit à adhérer à la démarche FEDERATION du CNES ?

Louis-Daniel Benyayer : Les responsables du projet FEDERATION avaient pris connaissance de mon ouvrage « Open Models – Les business models de l’économie ouverte » et observant que mes travaux relatifs aux modèles ouverts correspondaient très précisément à la démarche « FEdEration » qu’ils veulent conduire, ils ont pris contact avec moi. Étant spécialiste des domaines ouverts et collaboratifs, c’est tout naturellement avec grand intérêt et enthousiasme que j’ai souhaité apporter ma contribution à la mise en place de FEDERATION.

J.-P. S. : Pourquoi la philosophie des open models est-elle bien adaptée à la démarche FEDERATION ?

L.-D. B. : Traditionnellement les organisations considéraient qu’elles avaient intérêt à maîtriser en interne la totalité de la chaîne de valeur. Le numérique a permis aux organisations de s’ouvrir plus facilement vers l’extérieur et de mobiliser des parties prenantes externes : clients, individus, partenaires. Dans les modèles ouverts la valeur de l’organisation est construite par ces parties prenantes externes. Ils ont émergé dans le logiciel avec les logiciels libres et open source et on les a vu se développer dans la fabrication industrielle, la culture, la science, l’enseignement, les données, etc. FEDERATION va consister à faire interagir, à faire « frictionner » deux dynamiques : d’une part la dynamique top-down des acteurs traditionnels de l’Espace (CNES, industriels du secteur aérospatial) et d’autre part la dynamique bottom-up qui sera celle des participants extérieurs aux professionnels de l’Espace (laboratoires de recherche non spatiaux, industriels de secteurs non spatiaux, étudiants, amateurs aérospatiaux « éclairés », et même grand public). 

J.-P. S. : Quel regard portez-vous, personnellement, sur ce projet FEDERATION ?

L.-D. B. : Je vois ce projet comme une aventure de construction d’une dynamique de management à la pointe du progrès, répondant parfaitement à cet objectif ambitieux : « Inventer l’Espace de demain » en échangeant avec la société civile et les entreprises innovantes de tous secteurs puis en faisant arriver dans la sphère « Espace » de nouveaux entrants qui ne manqueront pas de faire émerger des idées nouvelles de recherche spatiale et des idées nouvelles d’utilisation des moyens spatiaux.
Il ne faut pas voir FEDERATION comme une simple « boîte à idées », c’est bien plus que cela !

J.-P. S. : Pour obtenir de nouveaux entrants, il va falloir susciter des vocations, et donc susciter un vif intérêt pour la démarche. Quels intérêts doit-on faire miroiter selon vous ?

L.-D. B. : Les contributions se suscitent, elles ne s’ordonnent pas. Et l’art de susciter des contributions est difficile. Même si les ressorts sont souvent différents, en analysant les mécanismes de contribution des grandes plateformes contributives comme Wikipedia on comprend mieux ce qui explique que des individus s’engagent. Certaines motivations sont intrinsèques : apprendre, se valoriser auprès de leur communauté, interagir avec d’autres. Mais les moteurs les plus puissants dépassent un intérêt individuel : participer à une cause qui a un impact.
Également, on peut identifier des pratiques qui permettent de susciter la contribution. La transparence des règles, ou des modes de fonctionnement, et la facilité de la contribution en sont deux importantes.

J.-P. S. : Voyez-vous les start-up comme une composante majoritaire dans les nouveaux entrants ? Et pensez-vous que les propositions novatrices vont émaner essentiellement des jeunes ingénieurs et chercheurs ?

L.-D. B. : Les start-up vont bien sûr constituer l’une des composantes du vivier mais il y en aura bien d’autres. Les idées ou propositions novatrices vont naître de la friction entre ces contributeurs aux motivations différentes, c’est l’hypothèse sur laquelle se fonde FEDERATION. Également, c’est grâce à la mobilisation de générations différentes d’ingénieurs que pourront émerger des idées nouvelles. 
L’enjeu est de mobiliser une communauté de passionnés.

J.-P. S. : Prévoyez-vous de faire participer à FEDERATION vos élèves et enseignants de l’ESCP ?

L.-D. B. : Bien évidemment.

J.-P. S. : Je crains personnellement que l’afflux massif de propositions ne conduise à une situation de chaos. Comment sélectionner, comment maîtriser le processus ?

L.-D. B. : FEDERATION vient s’ajouter à d’autres initiatives, pas s’y substituer. L’objectif principal est de permettre l’émergence d’idées et de prototypes nouveaux en permettant à tous de participer à construire l’espace de demain. Les phénomènes d’émergence sont chaotiques, et l’absence de maîtrise n’est pas un problème, bien au contraire. Certaines propositions n’aboutiront pas. D’autres vont s’incarner dans des prototypes, qui eux-mêmes ouvriront d’autres voies. ■


Logiciel, éducation, conception industrielle, données, science, art et culture, les open models sont partout. Les acteurs qui utilisent ces approches ouvertes remettent en cause les positions établies par les acteurs traditionnels. Souvent, des communautés s’organisent pour résoudre collectivement des problèmes sur lesquels buttent les organisations centralisées. Tabby, la voiture en kit open source, Protei, le drone marin open source, Open street map, en sont quelques exemples. Que nous apprennent ces open models ? À quelles conditions peuvent-ils développer leur impact ? Quel dialogue et interactions possibles avec les acteurs traditionnels ? Ils sont chercheurs, entrepreneurs, managers de grands groupes, designers, experts, écrivains et philosophes, et vous apportent leurs réponses dans open models, les business models de l’économie ouverte.

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