Colloque International à Monaco, centenaire de l'hydraviation

Le colloque international organisé par la Commission Histoire à Monaco le 22 novembre 2014, célébrant les centenaires du 1er meeting d’hydravions au monde en 1912, de la 1è Coupe Schneider en 1913 et du 1erRallye Aérien de Monaco en 1914, a été un succès. Il a eu lieu dans les prestigieux locaux de l’Automobile Club de Monaco, situés au pied du départ du célèbre Grand Prix de Formule 1. La participation fut de grande qualité, venue de toute la France, avec deux conseillers d’Etat monégasques, et les familles Henri Fabre (l’inventeur de l’hydravion le 28 mars 1910, venu en avril 1911 à Monaco, et dont les flotteurs équipaient trois machines de 1912) et Louis Gaudart (le premier pilote d’essai au monde, présent en 1912 et 1913). Les participants, étonnés par la densité des premières monégasques, restèrent jusqu’au bout, un fait rare.

Il fut révélé en introduction que Monaco apporta une contribution essentielle aux débuts de l’aviation, faisant d’Albert Ier l’un des plus grands mécènes, comme le furent les célèbres Deutsch de la Meurthe et Archdeacon : hangar pour le dirigeable n° 6 de Santos-Dumont présent du 28 janvier au 14 février 1902, le futur gratin aéronautique international, industriels, motoristes et pilotes, participant dès avril 1904 aux courses de canots automobiles, le premier hélicoptère au monde (Léger Grand appareil le 13 juin 1907, également premier quadrimoteur et premier appareil entièrement métallique de l’histoire !), premier essai du mythique moteur rotatif Gnome en avril 1909 (sur le Ravaud Aéroscaphe), premier décollage type porte-avions par Henri Rougier* le 3 mars 1910 depuis le quai du port sur Voisin Cellulaire (suivi le 9 mars du premier survol d’une montagne et le 18 mars du premier vol en orage), prolongation de la première ligne aérienne commerciale au monde Nice-Cannes vers Monaco le 29 mars 1913 (avec un Astra CM de la Compagnie Générale Transaérienne), etc…

Le vainqueur du Concours d’hydroaéroplanes, du 24 au 31 mars 1912, avec 8 participants (Belgique, Chili, France, USA), fut le Belge Jules Fischer, sur Farman HF 11. Plusieurs délégations étrangères assistèrent avec grand intérêt à ce premier rassemblement d’hydravions de l’histoire : Allemagne, Japon et Russie. Le HF 11 fut donné à la Marine, première Aéronautique Navale au monde en décembre 1910, égelement présente à Monaco ; c’était en fait déjà sa deuxième machine, mais la première à flotteurs. Plusieurs autres meetings d’hydravions furent dès lors organisés en Europe en août, à Boulogne-sur-Mer, Genève et St Malo.

Le Meeting d’hydroaéroplanes du 3 au 16 avril 1913, avec 22 participants (Belgique, France, Pérou, USA), comportait trois épreuves. La course croisière fut remportée par Moineau sur Breguet IH2U3, et le Grand Prix de l’International Sporting Club (ISC) par Gaubert sur Farman MF. Enfin, la mythique Coupe d’Aviation Maritime Jacques Schneider de vitesse fut inaugurée, et gagnée par Prévost sur Deperdussin, à 79 km/h.

Un prestigieux déjeuner fut organisé dans les locaux de l’Automobile Club par son vice-président, Robert Scarlot, par ailleurs pilote d’hélicoptère lors du Rallye de Monte-Carlo, avec Hubert Fabre, Dominique Fabre-Guérin, les conférenciers et Jacqueline Carpine-Lancre, qui découvrit les travaux de Léger.

Henri Conan, le fondateur de Mémoires de l’Hydraviation, exposa l’avancement de la première étude sur Jacques Schneider (Janson de Sailly, Mines), beau-frère des Lebaudy, membre de l’Aéro-Club de France, pilote d’avion (école Blériot), de ballon et d’hydroglisseurs de Lambert. Il pilota aussi des canots à Monaco dès 1910, avant de fonder la plus prestigieuse coupe de l’histoire de l’aviation, définitivement acquise par la nation la remportant trois fois de suite.

La Royal Aeronautical Society fut représentée par l’historien Phil Jarrett qui raconta la vie du premier et inattendu vainqueur étranger de la Coupe Schneider à quelques 140 km/h, le Britannique Howard Pixton (1885-1972) sur Sopwith en 1914. Il vola sur environ 80 types d’avions jusqu’en 1918, avant de continuer dans le transport et les vols de tourisme. Il ouvrit ainsi la voie à la célèbre société Hawker, issue de Sopwith.

La participation italienne fut présentée avec le diaporama de l’historien Gregory Alegi, malheureusement empêché à la dernière minute. C’est l’Italie qui faillit remporter la Coupe après ses deux victoires consécutives en 1920 et 1921. Après des victoires britanniques en 1922, puis américaines en 1923 et 1925 (avec le célèbre Doolittle), italienne en 1926, c’est la première qui l’emporta définitivement dans la foulée de ses victoires en 1927, 1929 et 1931 avec les Supermarine S.5, S.6HRD et S.6B.(548 km/h) de l’ingénieur Mitchell. Mais l’Italie se rattrapa avec son Macchi C.72 de 1931 : celui-ci établit le 23 octobre 1934 un nouveau record du monde de vitesse à 709,2 km/h – le plus vieux record imbattu à ce jour, la vitesse pour hydravion ! Les retombées furent les chasseurs Macchi MC 200 et le 6 mars 1936 le premier vol du Supermarine 300 de l’ingénieur Mitchell, le mythique Spitfire…

La victoire sans précédent dans l’histoire de Garros au 1erRallye Aérien de Monaco en 1914, équivalent aérien du Rallye de Monte-Carlo (il réalisa trois fois fois le circuit européen avec 5 Morane-Saulnier H, K et O!) fut clairement expliquée par Henri Conan. Son association présentait une belle exposition, avec panneaux et maquettes d’hydravions présents à Monaco à cette époque.

Ainsi la Commission Histoire conclut-elle que Monaco fut, avec les Alpes-Maritimes, le plus important centre des débuts de l’aviation, après la région parisienne.

Un très beau carton aux couleurs de la Principauté est sorti avec le timbre du centenaire du Rallye, et deux anciens timbres anniversaires monégasques de 1964 (avec un Breguet HU-3 et un MS H ou K). Il en reste quelques exemplaires, plus de nombreuses cartes postales commémoratives.

 

*Il fut le premier vainqueur du « Monte-Carlo », sur une Turcat-Méry (la famille d’André…)

 

Philippe Jung 3.2.15