Jacques Blamont n’est plus

En tant que son ancien élève au Service d’aéronomie du CNRS, j’ai souhaité exprimer ici, très simplement, un message de reconnaissance au professeur Jacques Blamont, physicien et premier fondateur de l’astronautique en France.

J’ai fait la connaissance de Jacques Blamont en 1963 lorsque je suis entré au Service d’aéronomie  pour y effectuer mon stage d’Enseignement Militaire Supérieur Scientifique et Technique (EMSST), étant alors capitaine de l’Armée de l’air. Les travaux que j’avais conduits m’avaient permis d’obtenir le diplôme d’ingénieur-docteur.
Depuis lors, j’étais toujours resté en relation avec J. Blamont mais de façon très épisodique, jusqu’en 2005 lorsque l’IFHE (Institut Français d’Histoire de l’Espace) décida de mettre en chantier deux ouvrages sur les débuts de la recherche spatiale en France : « Les fusées-sondes et les débuts de la recherche spatiale », qui parut en 2007, puis « Les ballons au service de la recherche scientifique », qui parut en 2011. Il se trouve qu’en tant que chargé de mission au sein de la 3AF, je me suis énormément investi dans ce travail de titan, et ceci en relation permanente avec J. Blamont, sans qui les  deux ouvrages en question n’auraient jamais vu le jour. Ensuite, mes visites à J. Blamont dans son bureau du CNES étaient fréquentes, ayant grand plaisir à m’entretenir avec lui de sujets touchant aux programmes spatiaux, mais aussi à des sujets relatifs à la situation du monde actuel et à ses évolutions possibles. 

Fin 2015, je lui demandai s’il serait d’accord pour écrire un article dans lequel il exposerait ses vues sur l’avenir du « spatial », dans le contexte actuel d’accélération vertigineuse des progrès de la technologie, plus particulièrement de l’électronique, de l’informatique et de l’intelligence artificielle. « Oui, c’est intéressant, je vais réfléchir et repassez me voir dans quelques temps » me répondit-il. Et début 2016, il me présenta un projet d’article intitulé « Wikinomie dans l’espace ». La décision fut prise de le publier dans la Lettre 3AF : le projet FEDERATION était né. J. Blamont partait de la constatation qu’il existe sur Internet d’innombrables internautes possédant des compétences demeurant inemployées et qu’en les extrayant de leur isolement, en les enrôlant dans un projet et en les exploitant, on engendrerait une forme inédite de collaboration de masse qui redessinerait complètement les processus d’invention. L’exploration spatiale étant le domaine privilégié de l’innovation et des défis technologiques les plus hardis, il proposa  de commencer cette expérience de l’intelligence collective dans le cadre du CNES en entamant le processus de mise en place du projet FEDERATION.  La doctrine est exposée dans son ouvrage « RESEAUX ! Le pari de l’intelligence collective » paru en 2018  à CNRS EDITIONS. 
Le 27 juin 2017, le président du CNES Jean-Yves Le Gall annonçait au Salon du Bourget le lancement officiel de FEDERATION. Dès octobre de la même année le chef de projet CNES Fabio Mainolfi, aidé par Damien Hartmann, membre de hackerspace Electrolab, créaient l’Association « Fédération » et  récemment, le 4 octobre 2019, Jean-Yves Le Gall et Damien Hartmann devenu président d’Open Space Makers signaient une convention de partenariat. Sous la dynamique tutelle de Fabio Mainolfi et de Damien Hartmann l’entreprise Fédération avance à grands pas. 

Notre association 3AF est la première société savante à adhérer à l’Association Fédération, nous nous devons d’y jouer un rôle de premier plan. 

Dépassant très largement le thème de l’innovation dans le domaine spatial, Jacques Blamont, non point dans un esprit de « catastrophisme » mais dans un esprit d’analyse rationnelle et de lucidité, me faisait part souvent de ses réflexions sur l’avenir de l’humanité et nous discutions des thèses qu’il avait exposées  dans « Introduction au siècle des menaces » en 2004, puis dans « Lève-toi et marche – une proposition pour l’avenir de l’humanité » en 2009. 

Il travaillait sans relâche et ces derniers temps, il m’entretenait sur les progrès fulgurants de l’électronique – il revenait sans cesse sur la Loi de Moore -,  de l’algorithmique, et aussi de la  compréhension du fonctionnement du cerveau de l’homme. Déjà il entrevoyait l’apparition d’une copie virtuelle du fonctionnement du cerveau et il m’avait annoncé la parution prochaine d’un ouvrage de science fiction dans lequel  décrirait une mission spatiale dans l’espace interstellaire vers Alpha du Centaure. Non pas bien sûr avec des hommes à bord du vaisseau spatial « Eternité », mais avec deux cerveaux humains sous forme de fichiers et une enfant douée de facultés cognitives, d’empathie et de mémoire. Je devais le rencontrer  pour qu’il me présente son ouvrage. 

Hélas cette rencontre n’aura jamais lieu.  

Mais grâce à FEDERATION, la 3AF et moi continuerons à travailler pour vous, Monsieur Blamont !