La conquête de l'Atlantique Nord

Dès que l’homme a volé, il n’eut de cesse d’aller plus loin. Après la traversée de la Manche, à l’initiative du Daily Mail, par Louis Blériot sur son Blériot XI, Garros enchaîna successivement avec le vol intercontinental entre Tunis et Marsala (Sicile) le 18 décembre 1912 puis la Méditerranée le 23 septembre 1913 de Fréjus à Bizerte, en Morane-Saulnier H.

C’est encore le Daily Mail qui proposa 250.000 F à celui qui traverserait l’Atlantique. L’agent Caudron à Nice, Auguste Maïcon, fut immédiatement candidat. Par ailleurs pilote personnel du fils de l’inventeur de la machine à coudre, Paris Singer, propriétaire d’une villa à St Jean Cap Ferrat, il fut aidé par ce dernier. Mais son projet de liaison Terre Neuve-Islande disparut avec la Grande Guerre.

C’est le grand pionnier américain Glenn Curtiss qui devait ouvrir la voie, associé à l’US Navy, avec un modèle qui avait été étudié pendant la Grande Guerre pour attaquer les U-boats depuis les USA, le Navy-Curtiss NC. Trois d’entre eux, les NC-1, 3 et 4, s’élancèrent le 16 mai 1919 de Trepassy (Terre-Neuve). Seul le NC-4 du Lieutenant Commandeur Arthur C Read (avec Stone, Hinton, le radio Rodd et le mécanicien Rhodes) put rejoindre Horta (Açores) en 15 h 13’ le 17. Après une escale à Ponta Delgada le 20, l’hydravion amerrit à Lisbonne le 27 mai.

Le NC-4 à Lisbonne [Jane's 1909-69]

Moins d’un mois plus tard, ce furent le Capitaine John Alcock et le Lieutenant Arthur Whitten-Brown qui réussirent l’exploit les 14 et 15 juin 1919, sur le trajet minimum, de St Jean (Terre Neuve) à Clifden (Irlande, Comté de Galway), 3.030 km en 16 h 27’, remportant le prix du Daily Mail de 10.000 £. L’avion était le bombardier Vickers F.B.27A Vimy Mk II n° 13, à deux moteurs RR Eagle VIII de 360 ch.

Le Vimy à Clfden [Putnam]

Après de nombreuses tentatives, dont celle de « l’as » Allié René Fonck et de Clavier, dont les deux passagers périrent au décollage raté de New York le 21 septembre 1926 de son Sikorsky S-35, Charles Nungesser[1] et François Coli, partis du Bourget le 8 mai 1927 à bord de leur Levasseur PL-8 L’Oiseau Blanc pourraient avoir rallié Terre Neuve, malgré les vents défavorables. C’est finalement Lindbergh, grâce à son expérience de pilote postal et au moteur Wright J5 de son Ryan NYP N-X-211 Spirit of st Louis, qui réalisa, seul, le premier grand vol transatlantique, reliant même New York à Paris (notons qu’il ne choisit pas Londres…), 5.810 km en 33 h 30’ du 20 au 21 mai 1927, un exploit sportif[2]. Il remporta ainsi le Prix Raymond Orteig (un français ayant émigré aux Etats-Unis) de 25.000 $.

Le Spirit of Saint Louis

Le vol de Lindbergh est également important au niveau de l’histoire de l’aéronautique : il symbolise en effet la période qui vit la mère de l’aviation progressivement perdre sa prééminence, avec l’émergence d’autres nations. Ainsi la France qui, lors de la Grande Guerre approvisionna ses alliés en avions et moteurs (sans compter les licences et copies en Allemagne), vit les Etats-Unis tenir le même rôle lors de la 2è Guerre Mondiale.

Après la deuxième traversée de Chamberlain et Levine dans leur Bellanca WB-2 du 4 au 6 juin jusqu’à (6.294 km), la première traversée française, au départ des USA, suite à l’interdiction des tentatives de France après la disparition de l’Oiseau Blanc, fut réussie du 13 au 14 juin 1929 par le Bernard 191GR Oiseau Canari F-AJGP, de New York à Comillas (près de Santander), avec René Lefèvre, Jean Assolant, et Armand Lotti, le commanditaire... plus un passager clandestin, Arthur Schreiber! Nous eûmes l’honneur de rencontrer Lotti, en retraite au Cannet-Rocheville.

L'Oiseau Canari à Comillas - Immatriculation américaine NY-9422 [coll. P. Jung]

Enfin, c’est la France qui réussit la première traversée face aux vents, de Paris à New York, avec Costes et le Brix, à bord de leur Breguet XIX Super Bidon « ? »[3], du 1er au 2 septembre 1930 du Bourget à New York en 37 h 18’.

Le Breguet XIX

[1] En cette période de commémoration de la 1ère Guerre Mondiale, peu de gens savent que la bataille du Fort de Douaumont fut ouverte le 22 mai 1916 à 6 h 30’ par le décollage de 8 chasseurs Nieuport 16, avec notamment Nungesser : quelques minutes plus tard, devant des Allemands stupéfaits, 6 Drachen d’observation étaient au tapis ! Pour la première fois, avec plus de 20 ans d’avance sur les autres pays, des roquettes air-air, mises au point par le LV Le Prieur, avaient été utilisées.

[2]  Un membre des Ailes Anciennes Azuréennes possède un morceau signé du Spirit of St Louis, donné par son oncle, directeur technique de la CIDNA, chargé de réparer l’avion historique, victime des chasseurs de souvenirs.

[3] C’est-à-dire « Le Point d’Interrogation ».