L’Heroïsme à l’Ère de l’Intelligence Artificielle - 1917-2017 les as ont 100 ans

L’Armée de l’air a tenu le 18 décembre 2017 à Paris, dans le grand amphithéâtre de l’Ecole militaire un colloque sur le thème : “ L’héroïsme à l’ère de l’intelligence artificielle ”. Ce colloque, organisé par le Centre Etudes, Réserves et Partenariats de l’Armée de l’air (CERPA) , avait pour objectif de réunir des personnalités de tous horizons pour croiser les opinions sur l’évolution des places respectives de l’Homme et de la Machine à une époque où les systèmes autonomes se développent avec une extrême rapidité grâce aux nouvelles technologies issues de la digitalisation et que l’on désigne sous le vocable d’ “ Intelligence Artificielle ” (IA).
S’agissant de l’Armée de l’air, la question centrale était la suivante : les pilotes de combat seront de plus en plus assistés par les drones de combat (UCAV – Unmanned Combat Air Vehicles) qui accompliront des actes décisifs en opération. Dans ces conditions, ne se trouveront-ils pas un jour supplantés par la machine ? Les héros de demain ne seront-ils pas des systèmes de combat automatisés ?

AUTREMENT DIT Y AURA-T-IL ENCORE DES HÉROS SEMBLABLES AUX AS DE LA GRANDE GUERRE 1914-1918 À L’ÈRE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ?

C’est pourquoi le sous-titre du colloque était : “ 1917-2017 Les As ont 100 ans ”. Les Actes de ce colloque ont été publiés récemment et nous invitons vivement nos lecteurs à en prendre connaissance en consultant le site :
 
www.cerpa.air.defense.gouv.fr   

Après le discours d’ouverture prononcé par le général Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’air André Lanata et l’allocution d’ouverture par le député Cédric Villani, trois tables rondes se sont succédé ayant chacune un sujet central :

• Table Ronde n° 1 : Nos héros, qui sont-ils ? 
Participants : Alya Aglan, professeur des universités, histoire contemporaine, université Paris 1 Sorbonne – Frédéric Dabi, directeur général délégué IFOP – Général Philippe Steininger, secrétaire général adjoint à la défense et à la sécurité nationale – Pierre-François Souyri, professur des universités, historien, université de Genève. 

• Table Ronde n° 2 : En quoi cette vertu est-elle contemporaine ?
Participants : Ingrid Lamri, présidente de l’ANAJ-IHEDN, colonel Yann Malard, assistant militaire du Chef d’Etat-Major des armées, Anne-Gabrielle Dauba-Pantanacce, directrice de la communication, Google France, Clémence Franc, présidente de la société Nova.  

• Table Ronde n° 3 : La machine tuera-t-elle les héros ?
Participants : Philippe Bournhonesque, CEO, IBM France – Béatrice Ogée, CEO, Europ’Assistance – André Loesekrug-Pietri, Joint European Disruptive initiative conseiller spécial de la Ministre des Armées – Général Matthieu Pellissier, commandant du CEAM (Centre d’Expertise Aérienne Militaire de Mont-de-Marsan). 
Le colloque été clôturé par l’astronaute Thomas Pesquet et le général André Lanata. L’auditoire a eu le privilège d’assister d’un bout à l’autre à des interventions et présentations de très haut niveau où ont dominé les considérations philosophiques sur la place de l’Homme à l’ère des grandes ruptures technologiques.

Ils ont déclaré :

Général Lanata : “ Pour toutes ces raisons, j’ai le sentiment que comme dans le film Matrix, il y aura encore des héros à l’ère de l’intelligence artificielle et suis convaincu que cet héroïsme continuera à habiter le cœur et la conscience de l’homme, à la guerre comme ailleurs. ”

Cédric Villani : “ Garry Kasparov raconte dans ses conférences combien il a été surpris quand ont été organisés les premiers tournois mixtes hommes/machines dans lesquels les joueurs d’échecs et des logiciels combattaient ensemble en s’aidant les uns les autres, en préfiguration de ce qu’on imagine comme étant l’intelligence artificielle du futur où la machine aide l’homme. Ceux qui ont gagné n’étaient pas les meilleures machines ni les meilleurs humains. C’était les équipes qui avaient la meilleure communication, le meilleur PROTOCOLE entre les humains et les machines. ”

Général Steininger : “ Je retiens la perspective historique qui a été la nôtre et ces As qui étaient des héros, qu’ils soient morts au combat ou plus tard, comme René Fonck. Pour les modernes que nous sommes, ce sont les anciens qui constituent des repères, des exemples dont il importe absolument, à ce titre, de conserver la mémoire. ”

Clémence Franc : “ Avec la machine sans l’humain, on n’irait pas bien loin. L’homme est à l’origine de l’intelligence artificielle. Il ne faut pas oublier que c’est à l’homme de mener le débat sur l’éthique et sur la responsabilité. C’est à lui de contrôler le périmètre d’action et la vocation de ces machines. ”

Philippe Bournhonesque : “ Il faut développer la créativité, la différenciation de l’homme, pour surprendre la machine et pour garder le contrôle. ”

Thomas Pesquet : “ Dans la station spatiale, on est loin de l’intelligence artificielle. L’intelligence est répartie et composite mais elle est au sol. Elle est répartie entre les différents ingénieurs qui sont dans les centres de contrôle qui sont eux-mêmes répartis à travers la planète. On a un très beau réseau plein d’intelligence humaine. À bord, il n’y a pas beaucoup d’intelligence, on est là pour appliquer les décisions mais cela reste assez basique. ” ■

 

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