ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°26

Cette Lettre est entièrement consacrée au projet FEDERATION du CNES. La décision de réaliser un numéro spécial chaque été est née de la volonté d’ouvrir plus largement nos colonnes aux membres institutionnels qui contribuent au rayonnement de la 3AF. Ainsi, dans le même esprit, la Lettre de l’été 2018 sera dédiée à un autre partenaire historique : l’ONERA. Ces deux institutions ont été distinguées en novembre dernier : Bruno Sainjon, Président de l’ONERA s’est vu remettre le Grand Prix spécial 3AF « Aéronautique » et Jean-Yves Le Gall, Président du CNES a reçu le Grand Prix spécial 3AF « Espace ».

De plus, le projet FEDERATION nous a paru très enrichissant pour les adhérents individuels de notre association. En effet « FEDERATION » vise à tirer profit de l’intelligence collective pour le futur des systèmes spatiaux. Or la 3AF constitue un vivier de compétences multiples : depuis les jeunes ingénieurs, experts dans les nouvelles technologies, jusqu’aux retraités de l’aéronautique et de l’espace aux expériences variées, que de talents à mettre en réseau! Car il s’agit bien de fédérer des actions visant à construire l’espace de demain au profit de l’homme et de son environnement.

Le 22 juin dernier, sur le stand CNES au salon du Bourget, le projet FEDERATION a fait l’objet d’une présentation par le Président Le Gall, puis d’un exposé du Professeur Blamont, suivi d’une table ronde animée par Fabio Mainolfi, maître d’œuvre de ce projet conduit par la direction de l’innovation des applications et de la science du CNES. Les deux premiers articles de la présente Lettre reprennent les discours prononcés, puis Fabio Mainolfi définit le cadre de FEDERATION. Suivent des interviews des participants à la table ronde. La diversité de ces personnalités montre bien le côté inédit de cette initiative. 

Pour autant le concept d’intelligence collective ne date pas d’aujourd’hui. Ce qui est nouveau, ce sont les moyens mis en œuvre pour favoriser la connexion des intelligences, le messager Internet offrant à tous les services qu’Hermès réservaient jadis aux seuls dieux de l’Olympe. Les philosophes de l’antiquité avaient bien compris tout l’intérêt de la mise en commun du savoir, concept très sobrement exprimé par Euripide : « Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous ensemble ». Pendant la longue nuit du moyen-âge, le savoir antique s’était réfugié dans les monastères. Non seulement les moines avaient sauvegardé cet héritage, mais aussi la concentration dans un même lieu des hommes les mieux instruits et les plus éclairés de leur temps, avait permis l’éclosion de techniques industrielles, de pratiques agraires et de recettes médicinales. Les monastères ne furent pas seulement des temples pour la prière, mais aussi des lieux de travail, de réflexion, de partage et de création artistique. Le concept moderne de « co-working » n’est pas si éloigné de cette expérience du passé. Cependant les membres de ces communautés, en raison de leur nombre restreint et de la clôture de leur existence, ne portaient plus guère de fruits, lorsqu’à la Renaissance, l’ouverture des portes du savoir à l’ensemble des élites européennes, fit fructifier ce capital accumulé par eux au cours des siècles. 

Cette fertilisation des connaissances par l’échange n’est bien sûr pas l’apanage de la seule Europe. Un proverbe africain exprime bien cette notion : « si tu veux aller vite, fais le seul, si tu veux aller loin fais-le avec les autres ». Et on trouve en Chine un adage équivalent : « Lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or ». De fait les chinois ne persécutèrent les missionnaires jésuites qu’après avoir suffisamment vécu à leur contact et assimilé une grande partie des connaissances occidentales.

C’est encore à un jésuite, le père Teillhard de Chardin, que revient le mérite d’avoir inventé en 1922 le mot « noosphère », pour désigner la sphère de la pensée humaine. Il y a une vingtaine d’année, les théoriciens d’Internet ont redécouvert ses écrits et ont fait de lui, leur « saint patron », selon la philosophe américaine Joan Houston, récemment décédée.

L’intelligence collective et le credo connexionniste sont au cœur du projet « FEDERATION ». La 3AF, société savante de l’aéronautique et de l’espace, s’associe sans réserve à ce programme original, au développement duquel elle contribuera par l’intermédiaire de ceux de ses membres, qui s’impliqueront avec enthousiasme dans cette aventure. ■

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