ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°29

Bruno Chanetz

Ce 6 février 2018, un évènement spatial de grande ampleur a été suivi par des millions d’internautes : le lancement de la fusée Falcon Heavy de SpaceX avec comme charge « inutile » un véhicule automobile Tesla de couleur rouge destiné à s’approcher de la planète Mars. Les deux boosters latéraux sont revenus se poser sur le pas de tir, avec une synchronisation parfaite, de la même manière que la fusée à damier rouge et blanc de Tintin, qui fit en 1954 la couverture de l’album d’Hergé On a marché sur la Lune. En 1969, la course à l’espace entre les deux superpuissances de l’époque avait permis à l’équipage d’Apollo 11 de fouler pour la première fois le sol lunaire. Mais c’est désormais la planète rouge qui est l’objectif d’Elon Musk, déclenchant un renouveau d’intérêt dans le monde entier pour l’espace. L’espace, dont le premier organisme mondial, l’International Astronautical Federation (IAF), est actuellement présidé par Jean-Yves Le Gall. Celui-ci consacre son article à exposer les objectifs de cette institution.

On trouvera aussi à la fin de cette Lettre les dernières activités concernant FEDERATION Open Space Makers. Ce projet, lancé par le président Le Gall l’année dernière a fait l’objet de la Lettre spéciale n°26 (juillet-août 2017). Il est propice à rassembler les adhérents de la 3AF autour d’un objectif enthousiasmant. Ne manquez pas les réunions qui auront lieu partout en France au cours du premier semestre 2018.

Le secteur aéronautique se porte également bien. En 2017 le nombre de vols commerciaux a atteint 36,8 millions, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2016, confirmant la croissance régulière et inexorable du secteur du transport aérien. Les compagnies aériennes peuvent être optimistes. Le marché est en pleine expansion. Aussi l’augmentation des commandes d’appareils qui en découle aurait pu favoriser la multiplicité des acteurs dans le secteur de la construction aéronautique. Or la récente prise de contrôle de l’activité CSeries de Bombardier par Airbus, ainsi que les prémices du rapprochement Embraer-Boeing montrent au contraire une concentration de la conception et de la production au sein des deux géants de l’aéronautique. La mainmise d’Airbus sur CSeries fait ici l’objet d’une analyse approfondie par la Commission Stratégie et Affaires Internationales.

Outre les travaux des commissions techniques, la rubrique « sciences et techniques aérospatiales », s’enrichit d’un article sur les premières conclusions de la mission MICROSCOPE, qui vise à détecter une éventuelle violation du principe d’équivalence, pilier de la théorie de la relativité générale. En traitant seulement 10% des données acquises au cours de la mission, l’analyse de l’ONERA aboutit déjà au gain d’un ordre de grandeur de précision du test du principe d’équivalence.

Des missions aussi complexes ne peuvent voir le jour que grâce à un corps d’ingénieurs et de techniciens aux multiples compétences, d’où la nécessité de formations initiales très spécialisées au sein des écoles et des universités. Ces compétences doivent être également entretenues tout au long de la vie professionnelle. Depuis 60 ans EUROSAE assure une formation continue, qui suit la forte évolution des techniques que connait notre secteur d’activité.

La vie de la 3AF se déroule aussi en « région ». Ainsi cette Lettre offre un panorama complet des activités du groupe Poitou. Le dynamisme de son président Jean Tensi fait de Poitiers, ville de la « Nouvelle Aquitaine » un point d’ancrage fort de notre association. Nous avons tous en mémoire Aérotop, les trois salons Aéronautique et Espace organisés par la 3AF sur l’aéroport de Poitiers-Biard. Si Poitiers n’est désormais que la seconde ville de cette vaste région, rappelons qu’en 1137 Aliénor fut couronnée duchesse d’Aquitaine à Poitiers et qu’à cette époque la ville était la capitale du duché conjointement avec Bordeaux. Trois siècles plus tard, Poitiers devint même la capitale de la France « libre », accueillant le Parlement de Paris, resté loyal au roi de France après la prise de Paris en 1418.

Six siècles se sont écoulés depuis ces moments sombres des débuts de la guerre de cent ans. L’heure n’est plus aux grandes équipées, et l’homme vit désormais dans un monde où les technologies du numérique se développent tous azimuts. Trois années de réflexions au Collège des Bernardins de 2015 à 2017, ont permis d’apporter un éclairage nouveau sur le thème l’humain au défi du numérique, dans le cadre d’une chaire dont le conseil scientifique était présidé par Claudie Haigneré. Marie- Claire Coët nous en livre les conclusions.

Enfin cette première Lettre de l’année 2018 s’ouvre sur une très enrichissante interview de notre Président Michel Scheller, donnant sa vision de l’avenir.

Bonne lecture. ■