ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°38

Bruno Chanetz, Rédacteur en Chef
Les grands rêves poussent les hommes aux grandes actions avait déclaré André Malraux, sentence qui fait écho aux paroles du capitaine Nemo : Tout ce qu’un homme est capable d’imaginer, d’autres seront capables de le réaliser. La conquête de l’espace a bien d’abord été rêvée avant de devenir réalité.
 
Le 12 septembre 1962 à Houston, le président Kennedy annonçait le choix des États-Unis d’aller sur la Lune et il ajoutait : Quoi qu’il en soit ce sera fait et avant la fin de la décennie. Et le pari fut tenu, puisque le 20 juillet 1969, l’équipage d’Apollo 11 foulait pour la première fois le sol lunaire. Une exposition au Grand Palais commémore en ce moment cette grande aventure, l’occasion de revenir en fin de Lettre sur cet évènement spatial, qui eut un retentissement considérable à l’époque et dont la popularité n’a jamais été égalée depuis. 
 
Une mission d’exploration chinoise Chang’e 4 a bien réussi au tournant de l’année 2018 le premier alunissage sur la face cachée de la Lune. Cependant les robots ne suffisent pas à déclencher l’enthousiasme des foules. Pourtant la colonisation de la Lune est en marche. Dans une Lettre précédente 1, Bernard Foing, directeur du groupe international d’exploration lunaire, envisageait la proclamation d’une république de la Lune en 2057.
 
Avec la Chine, de nouveaux états ont rejoint le club des puissances spatiales, capables d’envoyer des satellites et des hommes dans l’Espace. Mais ce club n’est plus réservé aux seuls états et l’émergence d’une industrie spatiale privée avec Jeff Bezos (Blue Origin) et Elon Musk (SpaceX), caractérise ce qu’il est convenu de nommer le NewSpace. Le 6 février 2018, le lancement de la fusée Falcon Heavy de SpaceX avait marqué un tournant : les deux boosters latéraux étaient revenus se poser sur le pas de tir, comme la fusée à damier rouge et blanc de Tintin, qui fit en 1954 la couverture de l’album d’Hergé On a marché sur la Lune. Il s’agissait d’un premier pas réussi vers un lanceur réutilisable. Mais c’est aussi la planète rouge qui est l’objectif d’Elon Musk, fixant ainsi un cap ambitieux à tous les acteurs du spatial.
 
Au-delà des aspects civils et commerciaux, l’espace constitue un terrain stratégique pour la Défense nationale, comme l’a rappelé la ministre des Armées Florence Parly 2, en visite à l’ONERA le 10 janvier 2019 : Chaque jour, nos quotidiens, nos renseignements et nos opérations s’appuient sur les satellites. Chaque jour, aussi, l’espace s’arme un peu plus et les actions hostiles s’y multiplient. La situation a en effet bien changé depuis le discours de Kennedy en 1962 : Pour l’instant il n’y a ni querelle, ni conflit national dans l’espace. Son actuel successeur à la Maison Blanche, le président Trump a ordonné en décembre 2018 la création d’un commandement militaire américain pour l’espace, chargeant cette autorité d’assurer la suprématie des États-Unis, menacée par la Chine et la Russie, sur ce nouveau terrain de combat.
 
En France, l’importance accordée aux affaires militaires spatiales a présidé dès 2010 à la création d’un Commandement interarmées de l’espace, qui représente l’état-major des armées pour toute question relative à l’espace et relevant du domaine de compétence des armées. Le général Jean-Daniel Testé, qui en assuma le commandement de 2014 à 2017, répond dans cette lettre aux questions de Jean-Pierre Sanfourche.
 
Ainsi les enjeux civils et militaires font de l’espace une nouvelle frontière de notre monde. La France entend continuer à y jouer un rôle de premier plan, grâce à ses organismes nationaux, ses écoles, ses universités et bien sûr ses champions industriels. Parmi eux Airbus Defence and Space, dont le vice-président Alain Wagner, s’est investi dans la conception de ce numéro spécial, pour nous offrir un panorama complet des activités de notre pays dans ce domaine. Cette revue met aussi l’accent sur les sociétés industrielles françaises, grandes et petites, qui produisent des satellites et des équipements de renommée internationale. 
 
La 3AF avait accompagné la création de Fédération Open Space Makers en consacrant un numéro spécial 3 à cette initiative originale, lancée par le CNES au salon du Bourget en 2017 et dont on mesure la pleine réussite au bout de deux ans d’existence. Les centres spatiaux universitaires et les grandes écoles d’ingénieurs présentent également leurs réalisations. Elles permettent d’apprécier l’engouement que suscite toujours l’espace auprès des jeunes et laissent augurer des lendemains prometteurs pour notre industrie spatiale.    ■
 
Bruno Chanetz
rédacteur en chef