ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°41

En 1815, afin de lui éviter la déportation à Sainte-Hélène, on proposa à Napoléon de fuir aux États-Unis à bord d’un brick rempli de barriques d’eau-de-vie dans l’une desquelles on lui aurait aménagé une cache. Il refusa, craignant le ridicule de la situation s’il venait à être découvert. Son statut de monarque, sacré par le Pape en 1804, le retînt également d’accepter. Il était l’oint du Seigneur. Deux siècles plus tard, Carlos Ghosn fut l’oint des médias qui le proclamèrent homme de l’année 2004. Sa fuite du Japon, peut-être dans une malle, fut un épisode rocambolesque de la fin de l’année 2019. Le patron de Renault-Nissan se pose en victime d’un complot industriel japonais. Un autre avant lui a pu s’estimer victime d’une machination orchestrée par le département of justice (DOJ) américain : Frédéric Pierucci, ce cadre d’Alstom emprisonné aux États-Unis pour faire pression sur la direction du groupe et la forcer à accepter le rachat de sa branche Énergie par General Electric. Nous avions consacré un article à cette affaire dans la Lettre n°27. Poursuivant notre enquête, nous avons rencontré Frédéric Pierucci, auteur du Piège américain. Maurice Desmoulière, président de la commission Stratégie et affaires internationales (CSAI) présente cet ouvrage poignant en note de lecture. Au cours de l’entretien qu’il nous a accordé, Frédéric Pierucci, fondateur d’un cabinet de conseil en compliance opérationnelle et stratégique, nous a confié qu’il travaillait désormais au rachat d’Alstom Énergie - ce fleuron industriel, stratégique pour notre défense et pour nos activités nucléaires civiles - par un consortium français. 
 
Philippe Mueller Feuga, membre de la CSAI, revient dans ce numéro sur la loi américaine Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), qui permet aux États-Unis de condamner les groupes industriels étrangers, dès lors qu’ils sont convaincus de corruption d’agents publics en vue de l’obtention de marchés. La création du FCPA, date de 1997. Cent-cinquante ans auparavant, Honoré de Balzac avait décrit avec acuité les liens entre la morale et les affaires dans une délicieuse nouvelle intitulée : Peines de cœur d’une chatte anglaise. Un chat quelque peu business man, Lord Puff, expose à sa jeune fiancée la décision d’interdire aux chats anglais de manger des souris et des rats au nom de la morale. La chatte, poursuit le récit : En me voyant la dupe de ce speech, lord Puff me dit confidentiellement que l’Angleterre comptait faire un immense commerce avec les rats et les souris ; que si les autres chats n’en mangeaient plus, les rats seraient à meilleur marché ; que derrière la morale anglaise il y avait toujours quelques raisons de comptoir ; et que cette alliance de la morale et du mercantilisme était la seule alliance sur laquelle comptait réellement l’Angleterre.
 
Le second article point de vue émane de Jean Pinet, pilote d’essai adjoint de Concorde. Fort de 66 ans d’expérience, il évoque les problèmes homme/machine. Pour lui les concepts d’intelligence artificielle et de deep learning ne seraient que des extrapolations de ce que l’on connait depuis des décennies.
 
Ces concepts sont également au cœur de la maintenance prédictive, sujet d’une table ronde organisée par Alumni-ONERA et le cabinet de stratégie Oliver Wyman le 3 décembre 2019 à Paris. Dans la foulée de leur intervention, les participants de l’ONERA, Dassault Systèmes et Naval Group ont accepté d’écrire chacun un article pour composer le dossier maintenance prédictive présenté dans ces pages. 
 
Un autre dossier, consacré aux énigmes de l’aéronautique, se développe dans les pages sciences et techniques aérospatiales. L’une concerne le vol AF66 d’Air France. L’utilisation d’un radar aéroporté a permis de retrouver les débris d’un réacteur de l’avion enfoui sous les neiges de l’inlandsis du Groenland. Hubert Cantalloube et ses collègues de l’ONERA nous racontent cette aventure. L’autre concerne le vol MH370 de la Malaysia Airlines. Nous avions publié fin 2018 un article de Jean-Marc Garot, concernant l’énigme de ce vol. L’équipe CAPTIO a poursuivi son enquête. Argiris Kamoulakos révèle un probable amerrissage forcé. L’étude du flaperon heurtant la surface de la mer a été soigneusement faite par l’auteur, qui nous livre ses conclusions. En contrepoint de ce récit, l’ONERA et le DLR nous donnent la primeur d’un entretien qu’animera Bertrand Langrand (ONERA) aux Entretiens de Toulouse sur le sujet de la Simulation d’amerrissage. 
 
Denis Beaudouin, héritier d’un grand nom de l’histoire de la mesure, raconte l’évolution des enregistreurs des paramètres de vol et des dispositifs mis en œuvre dans les premières boîtes noires, dont l’exploitation permet de contribuer à la compréhension des catastrophes aériennes, ce qui renvoie aux énigmes évoquées dans ce numéro.