ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°42

Si la 3AF est la société savante de l’aéronautique et de l’espace, elle se revendique également comme un think tank, dont la Commission stratégie et affaires internationales (CSAI) est le fer de lance. En témoigne le recueil des travaux effectués par la CSAI entre 2017 et 2019.

Signe de cette production féconde, la présente Lettre débute par quatre articles dont une tribune signée de notre président d’honneur Michel Scheller.

Dans la continuité de la table ronde organisée le 30 janvier dernier, cette Lettre se poursuit par un dossier sur l’Espace et ses enjeux. Explorer cette thématique à l’heure où la situation internationale compromet le développement du NewSpace peut paraître déplacé. La faillite de OneWeb est un sérieux coup de frein à la réalisation d’une constellation de connectivité Internet de 648 satellites en orbite basse d’ici 2021. Cependant, l’effondrement de la bulle Internet au début de ce siècle n’a pas empêché le développement de nouvelles technologies au cours des deux décennies écoulées. De même, l’essor du secteur spatial continuera d’autant plus que la crise a conforté le caractère primordial des liaisons internet. 

Le redémarrage du secteur aéronautique sera sans doute plus difficile. Avant la crise du Covid 19, un avion décollait dans le monde à la cadence des battements du cœur et le domaine était en pleine croissance. À la honte de prendre l’avion pour des raisons écologiques pourrait désormais s’ajouter celle, pour les touristes ou les hommes d’affaires d’être montrés du doigt comme des vecteurs de maladie. Mais c’est un problème antérieur à cette crise, celui du Boeing 737 Max, qu’aborde dans cette Lettre la Commission technique Aviation civile. Une réflexion concernant les conséquences pour Airbus de l’immobilisation de cet avion complète cette analyse.

La rubrique Vie de la 3AF est riche des comptes rendus des trois congrès qui ont marqué ce début d’année : OPTRO 2020 à Paris (360 participants), ERTS 2020 à Toulouse (300 participants) et AEC 2020 à Bordeaux (500 participants). À cela s’ajoute la présentation du Groupe régional Languedoc-Roussillon.

Enfin l’histoire ayant toujours une place de choix dans nos colonnes, ce numéro vous propose une suite à l’article sur les aérostiers de la République paru en début d’année, puis un article sur le test de moteurs-fusée sur un terrain situé en région Toulousaine, qui fut ensuite cédé à l’ONERA pour y créer son centre du Fauga-Mauzac.

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre aurait dit Churchill. À l’heure du Covid 19 que nous apprend l’histoire au regard des précédentes épidémies ? Au milieu du XIVe siècle, la peste noire aurait tué entre 30 % et 50% des européens. Pour autant le commerce méditerranéen s’était poursuivi. De même les échanges mondiaux reprendront, mais avec davantage de précautions. Il y a juste trois siècles, en 1720, la peste atteignit Marseille, via le Grand Saint-Antoine, en dépit d’un protocole très strict qui ne fut malheureusement pas respecté. Les intérêts financiers des édiles de la cité y eurent leur part, mais aussi le laxisme dû à la non-propagation de maladies contagieuses depuis deux générations. La grippe espagnole qui venait en fait des États-Unis, fut responsable, durant l’hiver 1918-1919, de la mort de beaucoup plus de personnes que la guerre elle-même, si meurtrière fut-elle. Elle avait gagné l’Europe avec les troupes américaines engagées aux côté de la France et du Royaume-Uni. Et moins grave puisque seuls les végétaux sont concernés : à la fin du XIXe siècle, le phylloxera, importé des Etats-Unis dans des plants de vigne, a totalement détruit le vignoble français et plus près de nous, la pyrale venue de Chine il y a deux ans, a ruiné dans l’indifférence générale, la plupart des allées de buis de France. 

Le président de la République Emmanuel Macron a annoncé dans son discours précédant les élections municipales : Cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales, économiques majeures ... retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant. Dans le domaine aéronautique les répercussions seront sensibles. Aussi la 3AF apportera sa contribution aux réflexions engagées et déjà un membre de la CSAI est impliqué dans un groupe de travail national sur la résilience organisationnelle. Nous en reparlerons, ainsi que des initiatives des autres Commissions techniques qui s’impliqueront dans l’après-crise.

Les membres du comité éditorial se joignent à moi pour vous souhaiter une bonne santé à ces temps troublés.