ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°43

Le fléau qui vient de frapper le Monde bouleverse nos vies, met nos économies à mal et fait vaciller le transport aérien et la construction aéronautique, que rien ne semblait devoir atteindre, tant les perspectives de croissance étaient assurées. Une prochaine Lettre présentera un dossier plus complet sur les conséquences de cette crise dans notre secteur d’activité, mais Jean-Marc Garot, Francis Guimera et la commission aviation commerciale de la 3AF nous livrent d’ores et déjà le fruit de leurs réflexions à travers deux articles sur le sujet. Cette crise est grave, mais d’autres, dans le passé, ont été surmontées. La faculté d’adaptation de nos structures peut être le meilleur garant de la survie d’un secteur menacé.

Notre société savante sait que de nombreuses ressources existent au sein du secteur de l’aéronautique, du spatial et de la défense (ASD) pour trouver des solutions innovantes et adaptées, d’autant plus nécessaires dans cette période où beaucoup remettent en question les fondements même de nos sociétés. L’innovation nait de la science comme le rappelle Stéphane Andrieux dans l’article qui ouvre cette Lettre. Et les conséquences de nos recherches scientifiques peuvent largement déborder le cadre des études qui les ont vues naître.

L’article introductif de ce dossier Le jumeau virtuel, une nouvelle représentation du monde est signé de Florence Verzelen de Dassault Systèmes. Cette société, issue du monde aéronautique, modélise, simule et analyse des données dans le but d’améliorer le monde réel en mettant ses univers virtuels au service de la santé. 
 
Quand dans les années 1990, étaient réalisées des mesures de température et de densité au sein d’écoulements hypersoniques 1, pouvait-on imaginer que la technique de diffusion Raman anti-Stokes cohérente (CARS) alors utilisée serait un jour appliquée au diagnostic biomédical ? Élodie Lin et ses collègues de l’ONERA et de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif racontent dans ces pages l’histoire de la spectroscopie CARS : de l’étude de la combustion à la microscopie pour la biologie. 

En 2018, Thierry Fusco présentait dans nos colonnes la réponse efficace qu’apporte l’optique adaptative (OA) pour améliorer la résolution des grands télescopes 2. Il évoquait en perspective les retombées de cette technique dans le domaine ophtalmologique. À présent, Serge Meimon divulgue les progrès réalisés au laboratoire ONERA installé au sein de l’hôpital des Quinze-Vingt. La technique de l’OA révèle les structures microscopiques qui tapissent le fond des yeux. Les espoirs sont immenses, notamment dans le domaine neurologique. 

L’aéronautique et l’espace, tout comme la médecine requièrent des moyens d’observation, toujours plus performants. Ces deux exemples illustrent comment l’une sert l’autre.

Une troisième application de l’imagerie est un microvasculoscope permettant la détection de cancers de la peau. ITAE, une start-up éclose à l’ONERA, développe cet instrument utilisant un éclairage laser et ses propriétés polarimétriques. Le succès repose sur la mise au point de capteurs pour l’industrie aérospatiale et les compétences de l’ONERA en imageries radar et optique. 

Le domaine du numérique concourt aussi au transfert de technologie au bénéfice de la santé. Deux articles de cette Lettre illustrent comment les codes de calcul se prêtent à des extensions hors de leur domaine d’origine. Le premier émane de l’IUSTI, qui a une grande expérience dans la modélisation numérique des écoulements, de l’incompressible au supersonique. Pour son application à la modélisation des écoulements dans les voies respiratoires supérieures, Gilles Bouchet a travaillé en collaboration avec deux services des Hôpitaux de Marseille La Conception. Le second exemple d’utilisation des codes aérospatiaux dans le domaine biomédical est dû à Dominique Charbonnier et Jan Vos (CFS). Le code Navier-Stokes développé à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne pour des applications aérospatiales, et employé par Ariane Group, a été utilisé pour la reconstruction du tractus de sortie du ventricule droit. 

Même les montages expérimentaux peuvent être mis à contribution. C’est en effet une application à la fois numérique et expérimentale qu’Arnaud Germaneau (institut Pprime) mise au point en lien avec le CHU de Poitiers. Les techniques développées pour des études de structures sur l’A380 ont permis la modélisation de techniques chirurgicales pour la réparation de structures osseuses.

Philippe Perrier, ancien directeur technique chez Dassault Aviation, nous a récemment fait partager sa passion pour la voile dans deux articles remarquables 3. Son présent article : Une valve cardiaque dans le berceau du Rafale clôt ce dossier.

La rubrique Espace compte deux articles liés au dossier principal. Le professeur Philippe Arbeille (faculté de médecine de Tours) traite de la télé-écographie avec la station spatiale internationale. La procédure est identique pour la réalisation d’une échographie entre un centre médical isolé sur Terre un généraliste jouant le rôle de l’astronaute de l’ISS. Le second article Espace rend compte d’une opération en apesanteur, sous zéro g, effectuée par le professeur Dominique Martin du CHU de Bordeaux.


En évoquant d’une part le Système à Commande Modulaire pour Recherche et l’Aide Médicale (SYSCOMORAM), né à la Société nationale industrielle aérospatiale (SNIAS), et d’autre part les prothèses en titane nées à l’ONERA, la rubrique histoire relève de la thématique du dossier central.

Cette longue tradition de soutien à la recherche médicale de la part des sociétés du secteur ASD se traduit par une implication forte dans les réponses aux appels d’offre COVID19. Ainsi l’ONERA est partenaire dans plusieurs propositions pour valoriser des technologies et savoir-faire appliqués à cette situation de crise, que ce soit pour le dépistage des personnes ayant de la fièvre à partir de techniques d’imagerie infrarouge (collaboration avec Bertin Technologies) ou la détection précoce de syndromes de déficience respiratoire par des techniques de micro-radar (collaboration avec la startup MORPHEE+).