EPF École d’Ingenieurs-e-s la majeure Aéronautique & Espace interview d’Odile Tissier

Jean-Pierre Sanfourche : Quels sont les critères de sélection en fin de 3ème année d’EPF pour être admis dans la Majeure “ AERONAUTIQUE & ESPACE ” ?

Odile Tissier – Je précise tout de suite que la Majeure AERONAUTIQUE & ESPACE n’est organisée que sur le site EPF de Sceaux. L’objectif pédagogique de la Majeure A&E est de former des ingénieurs généralistes aux solides compétences dans l’aéronautique et le spatial, associées à une compétence forte en ingénierie “ système ”. Avec une approche “ système ” en fil conducteur, je fais en sorte de favoriser l’acquisition de compétences larges sur l’ensemble des problématiques liées à la conception d’un véhicule aérien ou spatial.

Les étudiants sélectionnés pour la Majeure A&E sont issus de deux filières :
• Les élèves EPF qui ont réussi les épreuves de fin de troisième année entrent en 1re année de Majeure AE (4ème année EPF) ;
• Les étudiants ayant intégré l’EPF en 4ème année à l’issue d’un diplôme de bachelor ou d’une première année de maîtrise scientifique.

 

JPS : Quelle est la tendance d’évolution du ratio filles/garçons dans l’EPF, et plus particulièrement dans la Majeure A&E ?

OT – Ce ratio se situe de façon assez stable à 35% pour l’EPF Ecole d’Ingénieurs, à comparer au ratio de la moyenne nationale qui est de l’ordre de 25% en école d’ingénieurs. En ce qui concerne plus précisément la Majeure A&E les pourcentages de filles sont de 29,5% (P2018), de 18% (P2019) et de 30% pour la P2020 (promotion entrante en Aéronautique & Espace).

 

JPS : Tous les élèves de la Majeure A&E suivent-ils le même cursus ou bien existe-t-il des options différentes en fonction des spécialisations souhaitées in fine ?

OT – La Majeure AERONAUTIQUE & ESPACE s’étend sur deux années universitaires et s’articule autour de deux semestres académiques, encadrés par deux semestres de stage : un stage “ élève-ingénieur en première année A&E, et un stage “ projet de fin d’étude ” en deuxième année A&E.

En 1ère année A&E, tous les élèves suivent le même tronc commun. [ voir Encadré 1 : UE OBLIGATOIRES – 4ème année page 41]
 
En 2ème année A&E, outre un tronc commun, le choix est offert entre 3 “ Parcours Métier ” :
- Etude/ Conception ;
- Production/Industrialisation ;
- Exploitation/Maintenance.
Le parcours “ Métier ” se déroule sur le semestre de la 2ème année A&E. [voir Encadré 2 : UE OBLIGATOIRES – 5ème année, page 41]

Nota : ECTS : European Credits Transfer System

 

JPS : Innovation est aujourd’hui un mot-clé ! Comment développez-vous l’esprit d’innovation chez vos élèves ?

OT - C’est dans la conduite de projets – une partie capitale de notre enseignement – que nous développons cet esprit d’innovation. Au début d’un projet, nous demandons aux étudiants de passer par une étape d’architecture fonctionnelle avant de définir une architecture physique. Cette phase fait intervenir une véritable démarche d’innovation et permet de comparer différentes solutions d’architecture.

Dès la 1ère année A&E, les élèves conduisent un projet de conception, non seulement au plan technique, mais aussi au plan financier. Un budget leur est alloué, qu’ils doivent gérer avec rigueur.

En 2ème année A&E, les élèves sont organisés en équipes “ projet ”. Pour illustrer mon propos, voici quelques exemples de sujets : Avant-projet d’un avion d’affaires; Avant-Projet d’un lanceur spatial ; Avant-projet de création d’une Compagnie Aérienne. Ces projets sont managés dans un esprit de compétition : pour ce faire 5 équipes concourent sur un même thème. A la fin ces projets donnent lieu à une revue de recette.

Une initiative importante au niveau de l’EPF : le Challenge Innovation Handicap (24H’Innov Handicap) “ ACTION ”. Il s’agit d’innover au service du handicap quel qu’il soit : handicapés moteurs, handicapés mentaux,….. Les élèves sont répartis en groupes de travail et sont astreints à travailler sans interruption pendant 24 heures d’affilée (sans dormir) pour in fine être en mesure de proposer une solution INNOVANTE : c’est effectivement un véritable challenge !

Et puis il n’y a pas que l’esprit d’innovation scientifique et technique, il y a aussi l’esprit d’innovation entrepreneuriale. Les élèves ayant le goût de la création d’entreprise ont la possibilité de suivre en 2ème année de Majeure un Master of Science “ Innovation Création Entrepreneuriat ” sur le site EPF de Troyes. Par ailleurs, certains de nos étudiants peuvent bénéficier du statut d’Etudiant-Entrepreneur s’ils sont déjà en cours de création d’entreprise. 

 

JPS : Quid des drones, dont les développements sont exponentiels ?

OT – Le drone est à l’évidence le véhicule aérien idéal pour l’enseignement aérospatial. Votre question tombe à point nommé parce que nous avons mis en place depuis cinq ans un projet drone. Ce projet permet d’illustrer et de mettre en pratique d’ingénierie systèmes. Celui-ci se déroule sur deux ans :
- en 1ère année A&E : démarche d’Etude et de Conception ;
- en 2ème année A&E : démarche d’Intégration, Fabrication et Vol.

Le projet est conçu de telle sorte qu’il place l’élève en situation de concurrence “ client ”.

 

JPS : Comment votre enseignement prend-il en compte les différents aspects de la révolution numérique, de l’Intelligence Artificielle (IA) ?

OT – Tous ces aspects sont de mieux en mieux pris en compte au fur et à mesure de l’évolution de nos cours, qui, dispensés par des ingénieurs en activité dans l’industrie, traitent forcément des avancées engendrées par la digitalisation. Par ailleurs nous introduisons pour l’ensemble des élèves un E-Portfolio, conçu comme un outil de capitalisation de ce qu’ils ont appris durant leur parcours élève ingénieur. L’IA est de plus en plus intégrée dans l’ensemble du cursus EPF.

 

JPS : Quelle est la proportion de cours dispensés en langue anglaise ?

OT –En première année de la Majeure A&E, plus de 50% des cours sont donnés en Anglais. Deux groupes sont constitués : l’un pour lequel les cours sont dispensés en Français, l’autre pour les cours dispensés en Anglais. Certaines majeures de l’EPF offrent des cursus entièrement en Anglais.

Cette évolution vers le tout Anglais est-elle facile ? Certainement pas, car si l’aptitude de nos ingénieurs à s’exprimer en Anglais s’améliore de plus en plus, elle est encore loin d’être tout à fait satisfaisante … Mais il est bien évident que nous devons poursuivre cette évolution avec détermination.

 

JPS : Concernant les relations avec les autres écoles aéronautiques et spatiales, prévoyez-vous d’entrer dans le Groupe ISAE (SUPAERO, ENSMA, ESTACA, École de l’air) ?

OT – Non, du moins pas pour l’instant.

 

JPS : Comment votre corps professoral est-il composé ?

OT – Nous avons très peu de professeurs exerçant à plein temps à l’EPF au niveau du cycle Master. Notre enseignement est dispensé essentiellement par des ingénieurs vacataires recrutés au sein des sociétés industrielles. L’accélération des progrès technologiques d’une part et d’autre part notre souhait de délivrer un enseignement pratique préparant à l’entrée dans la vie active, imposent cette disposition. 

Le recrutement de ces professeurs est une tâche délicate à laquelle je consacre une grande partie de mon temps. Ma méthode est fondée sur le développement de relations personnelles, de contacts directs avec les experts du monde industriel. Le maintien de relations de confiance est évidemment de la plus haute importante. Ces ingénieurs que je choisis ayant le goût – voire la passion - de la pédagogie, les choses se passent très bien en général. Et les stages de nos élèves en entreprise me donnent l’occasion d’enrichir régulièrement mon réseau de relations.


JPS : Dans la promotion sortie en juin 2018, quel était le ratio Espace/Aéronautique d’une part, et d’autre part le ratio Recherche amont/ activité industrielle (manufacturing – exploitation) ?

OT – L’EPF est une école généraliste, et la majeure Espace/Aéronautique est l’une des sept majeures proposées aux étudiants. Parmi les derniers diplômés, 14% avaient suivi la formation Aéronautique/Espace - Activité industrielle en très grande majorité.

 

JPS : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les activités extra scolaires ?

OT – La plus importante d’entre elles est la formation au pilotage : les élèves de la Majeure “ Aéronautique & Espace ” peuvent accéder s’ils le souhaitent à une formation adaptée aux 14 certificats théoriques de l’ATPL (Airline Transport Pilot Licence). Ceci se fait dans le cadre d’un partenariat que nous avons conclu avec AéroPyrénées.

Je dois aussi mentionner l’activité Aéromodélisme et l’activité Astronomie, et bien sûr l’ensemble des autres associations de l’EPF.

 

JPS : Puis-je pour conclure notre entretien vous poser la question suivante : quels sont vos trois axes d’effort prioritaires pour l’année 2019 ?

OT – J’ai beaucoup de projets en chantier, mais les trois axes d’effort que je considère comme prioritaires sont relatifs à une meilleure prise en compte de :
1. La transition électrique : développer l’enseignement relatif à la thématique “ vers l’avion plus électrique ” ;
2. La transition digitale : développer l’enseignement de toutes les évolutions et ruptures technologiques issues de la révolution numérique : les IoT, l’impression 3D : l’Additive Layer Manufacturing( ALM), la révolution digitale et l’usine du futur, la révolution digitale et la maintenance, etc.
3. L’évolution du transport aérien : développer l’enseignement relatif à la gestion du trafic aérien, à la sécurité et la sûreté, aux aéroports, aux compagnies aériennes, à l’évolution des usages, etc.
Cela nécessite d’être en contact permanent avec les instituts de recherche et les sociétés industrielles pour conduire l’évolution de notre enseignement au rythme effréné des progrès technologiques. C’est ce souci que je place au cœur de mon action.