Paul Kuentzmann (1940-2020)

Paul Kuentzmann est décédé le 30 mars. Tous ses amis en ressentent une grande tristesse. Il avait su tisser un lien très fort avec ses amis et le monde de la recherche aérospatiale. Il associait une très grande rigueur avec beaucoup de chaleur humaine. Il était en même temps un grand scientifique, reconnu sur le plan international dans le monde de l’énergétique et de la propulsion, et un animateur efficace. Son parcours exceptionnel en témoigne.

Il est né le 21 novembre 1940 à Paris. Sa formation a associé l’ingénierie (brevet d’ingénieur Arts et Métiers en 1963, maîtrise ès sciences aérospatiales de SupAéro en 1965) et les sciences universitaires (licence ès sciences en 1962, doctorat d’ingénieur en 1967, doctorat d’état ès sciences physiques en 1973, habilitation à diriger les recherches en 1992).
Il débute à Sud Aviation (Laboratoire des Structures Nouvelles puis Plan à Long Terme) avant de rentrer à l’ONERA en 1967 où il passera l’essentiel de sa carrière professionnelle. Il intègre la Direction scientifique Énergie et propulsion. D’abord spécialisé dans la propulsion par propergol solide, il occupera le poste de Chef de division de ce domaine, il étendra progressivement son domaine d’activité aux autres types de propulsion aérospatiale et assurera la responsabilité de la Direction scientifique de l’Énergétique de 1988 à 1996. Il sera ensuite fes et énergétique jusqu’en 2005. Il a occupé jusqu’à son décès le poste de Haut conseiller auprès du président de l’ONERA.

Ses principales contributions scientifiques ont porté sur la théorie du fonctionnement des différents moteurs aérospatiaux, en particulier dans le domaine des instabilités de combustion. Les avancées réalisées ont été enseignées dans des grandes écoles et à l’université.

Il a adhéré à la 3AF (Association aéronautique et astronautique de France) en 1962 (Société française d’astronautique à l’époque), en est devenu membre émérite en 2004 et a participé activement à ses activités (bureau, présidence du groupe régional Ile-de-France, commissions techniques propulsion, PAN, environnement).

Il est aussi membre titulaire de l’Académie de l’air et de l’espace et de l’International Astronautics Academy.
Il a été récipiendaire de l’Ordre national du Mérite (Chevalier, Ministère de la Défense, 1992), des Palmes académiques (Chevalier, ministère de l’Éducation nationale, 1998) et de la Légion d’honneur (Chevalier, Ministère de la recherche, 2002) et a reçu le Prix Plumey de l’Académie des sciences (1974), le Prix Science et Défense (1995) et la Médaille Montgolfier (2005).

Il a su donner le ton dans cet organisme où tous les scientifiques sont désignés comme Ingénieurs de recherche, ce qui est un facteur de cohésion ultime de l’activité menée dans cet Office.

Michel Scheller, président d’honneur de la 3AF :

J’ai rencontré Paul, pour la première fois début 1995, quand j’ai rejoint l’ONERA…
Ce qui m’a immédiatement marqué en lui, c’est sa gentillesse et générosité, ce sont ses compétences et la pédagogie qui était la sienne, pour expliquer des choses compliquées, c’était son écoute et son attention à noter tout ce qui était essentiel - je me souviens de ses cahiers et de son écriture....

Paul a été pour moi un maître dans ses domaines de compétences, domaines dans lesquels mon savoir était inexistant !!

Mais Paul, pour moi a toujours été un conseil pertinent et disponible. Vous l’avez compris, Paul était devenu un Ami, pour lequel j’avais en outre beaucoup de respect.
Nous nous sommes complètement retrouvés, début des années 2000, dans le cadre de la société savante 3AF, la Société savante nationale des domaines de l’aéronautique et de l’espace.
Paul a fait un travail formidable, en s’entourant d’une équipe talentueuse, en donnant vie au Groupe régional Île-de-France, qui représente merveilleusement l’esprit de la Société savante.

Paul, unanimement apprécié, qui a eu à faire face à des problèmes difficiles et préoccupants, nous ne l’oublierons pas. Paul, tu vas me manquer, tu me manques déjà. 

Bruno Chanetz, rédacteur en chef :

Dans la dernière Lettre 3AF de l’année 2019 (n°40), Paul Kuentzmann terminait ainsi l’article sur le groupe régional Île-de-France (GR IDF), dont il laissait la présidence : Si rien ne change, le groupe IDF finira par disparaître par érosion naturelle et il a été entendu. A l’heure où il nous quitte, ses paroles résonnent d’un son particulier et montrent le souci qu’avait Paul d’assurer la pérennité de notre société savante, à laquelle il était si dévoué. Outre la présidence du Haut conseil scientifique, qu'il assura pendant de nombreuses années et jusqu'en 2011, Paul fut également membre du comité de rédaction de la Lettre 3AF ; il en démissionna il y a 18 mois, tout en restant actif pour relire les articles les plus scientifiques.

Ses critiques toujours constructives étaient appréciées des auteurs, car elles concourraient à une nette amélioration de leurs écrits. Très écouté au sein du comité de rédaction, son retrait fut vivement ressenti par l’ensemble des membres dont je me fais ici le porte-parole afin d’exprimer tout ce qu’il a apporté à la Lettre et plus largement à notre association. Toujours pertinents, car fruits de ses vastes connaissances scientifiques, les avis de Paul pouvaient quelquefois être tranchés, mais sans jamais se départir de la naturelle bienveillance qui était la sienne. Il n’avait que des amis.

Je rappellerai aussi sa générosité : lorsqu’en 2005 il partit en retraite de l’ONERA et qu’il réunit ses collègues autour d’un apéritif, il fit bénéficier une association caritative du montant de la traditionnelle collecte alors organisée, geste qui révèle par excellence son attention aux autres.