Olivier Martin, membre du Conseil d’Administration de la 3AF

Bruno Chanetz : Vous êtes membre du Conseil d’administration de la 3AF. Depuis combien de temps ? Avez-vous un rôle particulier au sein du CA ? Mais peut-être avant tout pouvez-vous rappeler à nos membres le fonctionnement de la 3AF, la composition du CA avec ses différents collèges ?

Olivier Martin : Le conseil d’administration de la 3AF est effectivement composé de trois collèges : le collège n°1 représentant les adhérents individuels et deux collèges pour les personnes morales : le collège n°2  représentant les industriels auquel j’appartiens, ainsi que le vice-président Alain Wagner au titre d’Airbus et le collège n°3 représentant les institutions académiques, auquel appartient le second vice-président Bruno Sainjon, au titre de l’ONERA. Je représente MBDA au sein du CA depuis 8 années.  

Mon rôle essentiel au sein de la 3AF consiste à développer l’offre colloques et à veiller à leur planification. Ces derniers contribuent de façon importante au rayonnement de notre association mais constituent également une importante source de revenus. Il existe ainsi deux types de colloque : ceux à caractère international, réunissant de 300 à 500 personnes, et ceux à caractère plus national, rassemblant autour d’une centaine de participants 
Nous avons ainsi monté des réunions trimestrielles du Groupe d’Information et de Planification (GIP), que j’anime et qui réunit notamment Pierre-Guy Amand (SAFRAN), Francis Guimera (Président du GR Midi-Pyrénées), Pierre Bescond (responsable Affaires Internationales) et Anne Venables (Secrétariat exécutif).

La première tâche de ce groupe consiste à assurer le suivi général en s’assurant de la qualité et de la pérennité des colloques existants. On peut citer dans cette catégorie le colloque IAMD qui a lieu tous les deux ans et qui est piloté par Luc Dini (Thales), Yannick Devouassoux (Ariane Group) et Véronique Cham-Meilhac (MBDA). La prochaine édition se tiendra à Rome en mai 2019.

Jusqu’à une date récente, les colloques procédaient de l’initiative des commissions techniques, suivant ainsi une approche bottom-up.  Nous avons alors décidé de mettre en place en parallèle une approche top-down visant à identifier quelques thèmes jugés importants pour notre communauté et à propos desquels il n’existait pas encore de colloques. Nous avons ainsi recensé les nouveaux thèmes possibles et, le cas échéant, identifié les commissions techniques susceptibles de piloter le montage de ces colloques. 

Après cette phase d’identification de thèmes, il a fallu trouver des industriels capables de soutenir leur montage, essentiellement pour leur contenu et l’organisation des interventions, la 3AF assurant l’organisation logistique de l’évènement.  A titre d’illustration de cette nouvelle démarche, nous pouvons citer le colloque AEGATS, colloque sur le transport aérien qui met l’accent sur une meilleure utilisation de l’avion avec des aspects divers (plate-formes, équipements, services, gestion aéroportuaire …). Ce colloque a été monté sous l’égide d’AIRBUS grâce à Robert Lafontan. Nous pouvons également citer le colloque Greener Aviation organisé avec le soutien de Cleansky.

Parmi les réflexions en cours, nous envisageons de tester prochainement l’intérêt d’un colloque ou d’une rencontre sur une meilleure utilisation des satellites ou sur les méthodes d’innovation au sein des entreprises.

BC : Parmi les personnes impliquées dans la 3AF, les collaborateurs de MBDA sont très actifs. Vous êtes vous-même Secrétaire Général de MBDA et vous siégez au CA de la 3AF. Des collaborateurs de MBDA occupent des postes clefs au sein des commissions techniques.  Connaissez-vous le nombre de salariés de MBDA appartenant à notre association ? MBDA est assurément un partenaire privilégié pour la 3AF. Pouvez-vous préciser aussi l’intérêt pour MBDA que revêt cette participation active à la 3AF ? 

OM : MBDA soutient la 3AF, en tant que société savante française dans le secteur aéronautique et spatial. La 3AF favorise notamment les échanges entre ingénieurs du même domaine sur des thèmes intéressant la profession, ce qui est profitable pour les participants et donc pour l’entreprise dont ils relèvent. Vis-à-vis de ses salariés, MBDA encourage ceux qui se déclarent intéressés par une participation aux activités 3AF. Nous avons actuellement 89 collaborateurs de MBDA qui sont membres de la 3AF, soient 10% de plus que l’année précédente.

BC : Pour beaucoup d’associations, le recrutement de jeunes représente un enjeu fort, car il conditionne la pérennité même de la structure.  Pourtant les jeunes, malgré de notables exceptions, semblent hésiter à rejoindre une société savante telle que la 3AF. Nous avons moins de 1500 membres. En 2017, j’avais interviewé  Chris Atkin, alors président de la Royal Aeronautical Society (RAS), qui compte 22 500. Il avait prononcé à Lyon lors de notre congrès Aérodynamique des paroles fortes en s’adressant aux plus jeunes participants : «  Si vous voulez avoir une action dans l’industrie et une action sur votre carrière, alors vous devez rejoindre la 3AF ». (voir Lettre 3AF n°24 mars-avril 2017). Quels encouragements seraient nécessaires pour que les jeunes embauchés des sociétés de l’aéronautique et du spatial adhérent en plus grand nombre à la 3AF ? Peut-être pouvez-vous établir une comparaison dans ce domaine entre la situation chez MBDA France et celle de MBDA au Royaume-Uni ? 

OM : Concrètement, MBDA a une action volontaire en la matière. Dans chaque domaine d’intérêt où existe un senior actif à la 3AF, on tente d’ajouter un ou deux jeunes. On cible particulièrement les jeunes en début de carrière car ils disposent en général de plus de temps qu’un senior, et peuvent, grâce à ces rencontres, développer un réseau intéressant pour leur carrière actuelle et future. Les expériences qu’ils acquièrent contribuent ainsi au développement de leur formation professionnelle. 

MBDA soutient également la Royal Aeronautical Society au Royaume-Uni. Il y a cependant une différence de culture entre les deux pays. Au Royaume Uni, appartenir à une société savante semble plus valorisant qu’en France. Les sociétés qui emploient les adhérents de la RAS soutiennent leur démarche, considérant que les activités proposées sont enrichissantes pour les individus et pour l’entreprise. C’est également l’attitude que MBDA adopte en France vis-à-vis de la 3AF. Particulièrement, je trouve intéressant les visites de site organisées par la 3AF, les conférences et bien sûr tous les travaux menés au sein des commissions techniques. Selon moi, la légitimité de la 3AF se situe essentiellement au niveau de l’expertise technologique et industrielle  dans les domaines aéronautique et spatial. Il y a quelques temps, un sondage avait été réalisé pour savoir ce que les gens attendaient de la 3AF. Il en était ressorti que les travaux de la 3AF étaient de qualité et utiles au monde industriel. Nous sommes satisfaits que les salariés de MBDA impliqués dans les commissions techniques contribuent ainsi au succès global de l’association. La 3AF peut en outre jouer un rôle attractif auprès de nos clients, de nos futurs embauchés et du monde industriel en général.

BC : La Lettre 3AF est un des organes de communication de l’association. Il doit l’être également pour les sociétés membres moraux de la 3AF. Le numéro spécial 2018 était consacré à « la Prospective à l’ONERA ». Notre prochaine Lettre sera un numéro spécial sur « l’Innovation chez MBDA ». Florence Parly, en visite à l’ONERA-Palaiseau le 10 janvier dernier a déclaré : « L’innovation, c’est la garantie de notre souveraineté. C’est la garantie de notre autonomie stratégique». Sans déflorer le contenu de ce numéro que mène Denis Gardin, votre directeur de l’Innovation et Technologies Futures, pouvez-vous préciser les raisons qui ont conduit à la réalisation de ce numéro ?

OM : Bien évidemment, toutes les sociétés doivent innover et notamment dans le secteur de la défense. L’accès aux innovations de rupture est de plus en plus complexe, car il requiert des compétences multiples et des moyens qu’il devient difficile de mettre en œuvre seul. Afin de réussir cette innovation, qui est essentielle pour le développement et la pérennité de l’entreprise, MBDA doit s’ouvrir encore davantage à des partenaires externes : des organismes institutionnels tels que l’ONERA, le CEA et l’ISL, des centres de recherche, mais également des PME et des starts-up  technologiques, derniers secteurs où MBDA s’implique de plus en plus depuis de nombreuses années. Traditionnellement, une société purement défense hésitait à trop s’ouvrir, craignant ainsi de divulguer ses savoir-faire les plus sensibles. Cet objectif de protection reste évidemment valide, mais nous cherchons de plus en plus en parallèle à identifier, faire mûrir et exploiter les technologies innovantes développées à l’extérieur, notamment dans le secteur civil, et susceptibles de  satisfaire les attentes de nos clients. Le n° spécial de la Lettre 3AF concernant l’innovation chez MBDA donnera une bonne illustration de nos actions dans ce domaine.

 

Olivier Martin 

Olivier Martin, X77-ENSTA, a débuté sa carrière à la DGA dans le domaine des moyens d’essais pour missiles. Il assure notamment la responsabilité de Directeur du programme Mesures du BEM Monge (essais d’engins balistiques). Il rejoint alors la Délégation aux Relations Internationales de la DGA en tant que responsable de la zone Allemagne / Italie / Pays-Bas / Scandinavie.

  • En 1991, il rejoint Matra Défense comme Directeur des Opérations Internationales, en charge des compensations, offsets et transferts de licences. 
  • En 1996, il est en charge du domaine anti-surface au sein de la Direction du Business Development de Matra BAE Dynamics (MBD), puis directeur des programmes anti-surface et président de deux Groupements d’Intérêt Economique (Eurodrone et Milas). 
  • En 2003, il rejoint le groupe le groupe EADS où il dirige l’entité Defence Electronics France, puis la stratégie de l’entité Defense & Security SAS d’EADS. 
  • Depuis fin 2007, il est le Secrétaire Général du groupe MBDA.
  • Depuis 2102, il est membre de la section française du Conseil Franco-Britannique
  • Depuis 2013, il est le Président du Comité de Pilotage de la Chaire Economie de Défense auprès de l’IHEDN.