Interview de Christian Mari, président du Haut Conseil Scientifique de la 3AF

Christian Mari

Bruno Chanetz : Christian Mari, depuis quand êtes-vous membre 3AF ?

Christian Mari : J’ai adhéré en 1996, donc il y a 22 ans

 

BC : Vous êtes président du Haut Conseil Scientifique (HCS) de la 3AF. Quelles sont les missions de cette instance et la manière dont elle les exerce ?

CM : Cette instance a pour mission la dissémination scientifique des travaux de la 3AF afin d’orienter le choix des politiques et des institutions. Il y a d’une part un processus bottom-up de remontée des informations de la part des Commissions techniques (CT). Le HCS leur confère une nature plus politique et leur donne alors un niveau plus élevé de diffusion. Le HCS est en fait nourri par les travaux scientifiques des Commissions techniques (CT) et s’emploie à leur donner une audience plus large. Une monographie concernant “ les matériaux pour l’aéronautique ” a ainsi été publiée en 2016 par le HCS grâce à l’aide active de deux de ses membres : R. Lafontan et H. Schaff à partir des travaux de la commission Matériaux, présidée à l’époque par Jean-Yves Guedou. 

Inversement des sujets de réflexion sont suggérés par le HCS aux Commissions techniques. C’est ce mode de fonctionnement top-down, qui a permis de mettre récemment l’accent sur deux thématiques d’importance :
- La qualification des systèmes complexes modernes. En effet les systèmes logiciel étant de plus en plus complexes, il n’est plus possible de les valider dans 100 % des cas, ce qui pourrait prendre des siècles … Pour s’assurer que le logiciel a la bonne réponse, il faut adapter les procédures afin de vérifier que la réponse a le taux de fiabilité extrême exigé par la sécurité aéronautique. Afin de focaliser les chercheurs sur le sujet et d’inventer les outils appropriés pour parvenir à ce degré de fiabilité, un groupe de travail Health monitoring fonctionnel a été mis en place par le HCS.
- L’aérodynamique expérimentale. Il s’agit d’une thématique ancienne, mais qui a été complétement renouvelée ces dernières décennies du fait de l’émergence de nouvelles techniques d’investigation des écoulements et de leur emploi pour les essais industriels. Le HCS a demandé à la CT “ Aérodynamique ” de se saisir du sujet afin de faire ressortir la spécificité d’une école française d’aérodynamique expérimentale. La réponse fut la publication en octobre 2017 aux éditions Cépaduès avec le logo 3AF et une préface de Michel Scheller d’un livre, destiné aux ingénieurs et aux étudiants, intitulé “ Aérodynamique Expérimentale,  souffleries et méthodes de mesure ” :
http://www.cepadues.com/livres/aerodynamique-experimentale-souffleries-m...

D’autres fois c’est une maturation, fruit d’un fonctionnement plus hybride, constitué à la fois d’une remontée d’information des groupes de travail et d’une sollicitation du HCS, qui permet l’émergence de thématiques ou simplement de les rendre plus visibles :

- L’avion plus électrique, est un sujet d’actualité dans notre secteur, dont s’est saisi Hélène Blanchard, présidente de la CT Energétique, avant d’être mandatée par le HCS en décembre dernier afin lui donner une plus grande visibilité.

 

BC : Parmi les autres tâches qui incombent au HCS, il en est une qui est bien connue de nos adhérents, c’est la cérémonie de remise des prix de la 3AF. Comment le HCS fonctionne-il pour préparer cet évènement biennal ?

CM : Le HCS fait émerger des candidatures par le biais des Commissions techniques, des Groupes régionaux et des industriels membres de la 3AF. Chaque dossier doit être soutenu par un membre émérite de la 3AF, qui écrit une lettre de soutien. Ce parrain s’engage sur la valeur du dossier présenté. Ensuite un rapporteur est désigné au sein du jury, qui comprend tous les membres du HCS, mais qui est également étendu à d’autres membres désignés pour leurs compétences. 

Il n’y a pas à proprement parler de récompense, mais une remise de diplôme et du pin’s 3AF aux vainqueurs. C’est avant tout honorifique. Plusieurs catégories existent, mais seul le prix “  jeunes ” est accompagné d’un chèque de 1000 €. Les autres catégories sont : prix PME, prix jeune scientifique, prix réussite collective, prix aéronautique,, prix astronautique, grand prix, grand prix spécial, prix de la meilleure thèse et prix excellence scientifique.

 

BC : Est-ce que le HCS s’implique dans la création de nouvelles commissions ? Est-il à l’origine de la Commission “ Compétences et transmission ” nouvellement créée ?

CM : Toutes les thématiques utiles à la mise en valeur des sociétés et des hommes du secteur aérospatial sont appelées à être inscrites au tableau de bord de la 3AF. En ce qui concerne la commission “ Compétences et transmission ”, c’est Philippe Boulan qui m’a fait part du souhait qu’il avait de s’investir dans sa création. Je fus immédiatement d’accord avec lui sur cette nécessité, puisque parcourant très régulièrement les revues anglaises et américaines des associations équivalentes à la 3AF, j’avais depuis longtemps constaté qu’il y avait toujours, parmi les articles de ces revues, un reporting Ressources humaines.

 

BC : Qu’apporte selon vous la 3AF à ses adhérents ?

CM : Aux adhérents membres des CT, la 3AF apporte la possibilité de progresser grâce aux échanges avec leurs pairs, d’enrichir leur vision de celles des collègues des autres sociétés. C’est aussi la satisfaction de pouvoir transmettre son savoir. Les congrès organisés par les CT sont également un bon moyen pour se retrouver et échanger. Ils permettent également un essaimage au profit de la communauté aérospatiale.

À tous et en particulier aux membres, qui ne sont pas impliquées dans les CT, la 3AF offre l’accès à des synthèses sur les sujets les plus avancés dans notre secteur d’activité. C’est le meilleur endroit pour trouver de l’information vérifiée et de qualité. Le grand atout de la 3AF est de disposer d’experts reconnus, qui veillent à ne divulguer que des informations validées. La Commission aérodynamique est un bel exemple pour illustrer mes propos, en raison des comptes rendus de ses activités qui sont régulièrement mis à disposition des lecteurs par le biais des cahiers de la 3AF ou des articles dans la Lettre 3AF. De plus les visites et les conférences organisées par les groupes régionaux constituent manifestations attractives. En témoigne le grand succès des conférences organisées par le groupe IDF à la mairie du XVéme. Ces conférences bimestrielles réunissent une centaine de participants.

 

BC : Vous avez évoqué la Lettre 3AF. Aussi pour achever cet entretien, que pensez-vous de cette Lettre ? 

CM : Je la trouve très intéressante avec un bon dosage entre des articles très techniques et d’autres qui sont de lecture plus aisée et plus informative. Elle donne à nos adhérents une information qu’on ne trouve pas ailleurs. Elle est le reflet du sérieux et de la réelle originalité de notre association.

HAUT CONSEIL SCIENTIFIQUE (HCS)

  • Président : Christian Mari

Membres :

  • Christophe Bonnal (CNES)
  • Anne Bondiou-Clergerie (GIFAS)
  • Pierre Fossier (Thales)
  • Thierry Michal (ONERA)
  • Bertrand Petot (Safran)
  • Dominique Colin de Verdiere (3AF)
  • Bruno Chanetz (3AF)
  • Jean-Claude Hironde (3AF)
  • Robert Lafontan (3AF)
  • Hubert Schaff (3AF)
  • Christian Mari

Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Lyon, Christian Mari a très tôt montré son engagement dans la Recherche en Mécanique des fluides orientée vers l’application industrielle en créant avec des collègues une entreprise (on dirait aujourd’hui startup) de valorisation de la recherche et en vendant son application de calcul de couche limite sur aubes de turbine haute pression à Snecma.

Il entre alors chez Snecma aux méthodes numériques Turbine et prend ensuite la direction de la conception des turbines refroidies.

Apres un passage à la qualité montage, essais et fabrication dans deux usines de Snecma et un poste de directeur des Ressources humaines, il retourne à ses fondamentaux en dirigeant la R&T chez Snecma d’abord et Safran ensuite.

Président directeur général de TEUCHOS pendant 3 ans,  l’entreprise de Safran qui vend des services en ingénierie aéronautique et spatiale, il devient ensuite directeur général délégué de Messier-Bugatti et directeur de la R&T encore chez Messier-Bugatti-Dowty, parallèlement à un poste de président de Martin-Baker France, fabriquant des sièges éjectables d’avions de combat et d’entraînement Rafale, Mirage et Alfajets.

Après 38 ans chez Safran consacrés à la technique et aux recherches en aéronautiques, il dirige aujourd’hui l’entreprise dont il est le fondateur, prodiguant des conseils en R&T. ■

 

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