La sagesse de la panthère de Jacques Peter aux Editions de L’Harmattan

Polytechnicien, Jacques Peter est ingénieur de recherche à l’ONERA. Il est également amateur d’arts graphiques, ce que ne dément pas la belle couverture de son livre reproduisant le double portrait du chimiste Lavoisier et de son épouse par David. Le titre de ce recueil de neuf nouvelles est emprunté à un conte de Marcel Aymé. L’une des nouvelles, au titre éponyme de l’ouvrage, raconte la genèse d’un séminaire donné dans une université parisienne en l’honneur d’un professeur japonais, spécialiste de La Fontaine. La jeune doctorante, commise tardivement à cet office, convoque tous les animaux de la littérature Française depuis le Roman de Renart dans une remarquable conférence, qui s’achève par les Contes du chat perché, où Marcel Aymé met en scène une panthère, jurant de ne plus manger ni homme ni grande bête depuis qu’elle a appris la géographie. Car qui étudie croit en science bien sûr, en sagacité d’ordinaire et parfois aussi en sagesse. Les bienfaits du savoir, hélas, ne sont pas tout à fait sans revers : un faible pour les jargons, le goût des allégations piquantes sont, parmi quelques autres penchants, de fréquents compagnons de l’érudition. 

La psychologie de l’enseignant /chercheur est révélée dans le dernier conte Les lueurs de la Sebkha au cours d’une enquête policière digne de Maurice Leblanc dans l’Agence Barnett : grosso modo, l’estime est fonction croissante des publications. Le top, c’est un livre de référence, beaucoup lu, souvent cité.

Dans Les destinées du Cahuachi, avec une mise en scène, qui rappelle Tintin et le temple du soleil, Jacques Peter nous emmène aux sources de la civilisation Nazca. Un éminent professeur, en voyage d’étude, est prêt à commettre un homicide sur un de ses compagnons de voyage, en raison d’un différend relatif à des citations bibliographiques. Le premier reproche au second d’avoir privilégié les travaux mineurs de ses amis au détriment des véritables travaux de référence, qu’il aurait dû citer : les siens. Et le narrateur de rappeler la bonne règle : une citation s’apprécie en terme comparé de publication et non en raison de relations socio-scientifiques. 


Une autre nouvelle Les arcanes de Zieffelwart nous transporte dans les souterrains d’un vieux château allemand, où deux émules d’Indiana Jones réussissent à résoudre de difficiles énigmes autour de la vie de Martin Luther, avant de parvenir vivants au tombeau de leur concepteur, un baron huguenot du XVIe siècle. Au terme de cette quête l’héroïne Ingrid s’interroge : Et nous que laisserons-nous après nous ? Olivier, son compagnon lui répond : des articles, plein d’articles. Voyant sa partenaire insatisfaite de sa réponse, il ajoute : Un livre ? Un grand livre sur la Renaissance dans le Saint-Empire.

Tout en dénonçant les travers très répandus dans son milieu professionnel, Jacques Peter dresse un tendre portrait de ceux qui ont plaisir à savoir, à enseigner et à toujours s’instruire.