La Conférence Space19+

La réunion au niveau ministériel du Conseil de l’ESA (Conférence Space19+), qui s’est tenue à Séville les 27 et 28 novembre 2019, avait vocation à préparer l’avenir du spatial européen. Elle intervenait dans un contexte marqué par une concurrence importante sur les marchés commerciaux globaux, mais aussi par des opportunités de coopération internationale importantes, notamment dans le domaine de l’exploration humaine et robotique. Co-présidée par Frédérique Vidal, Ministre française de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et Manuel Heitor, Ministre portugais de la Science, de la Technologie et de l’Enseignement supérieur, Space19+ s’est conclue par un immense succès pour le programme spatial européen. A Séville, l’ensemble des États membres a engagé sur trois à cinq ans, un montant supérieur à 14 milliards d’euros de nouveaux programmes, ce qui constitue un record absolu pour une telle Conférence. L’Europe réaffirme ainsi avec force sa place de deuxième puissance mondiale en concrétisant ses politiques ambitieuses d’accès à l’espace, d’exploration du système solaire et de maintien de la compétitivité de l’industrie européenne.

L’ESA a tout d’abord renforcé son rôle de leader mondial en matière scientifique, en augmentant le budget de son programme scientifique à 2.823 M€ pour la période 2020-2024. Cela permettra de continuer à rechercher des réponses aux questions fondamentales sur l’origine de la vie, le fonctionnement du système solaire, les origines de l’Univers et les lois physiques fondamentales de ce dernier. Les futures missions JUICE (exploration des lunes de Jupiter), Athena (télescope d’astrophysique haute énergie), LISA (observation d’ondes gravitationnelles) ou encore Euclid (étude de la matière noire) donneront corps à ces ambitions. 

Concernant l’accès à l’espace, l’enveloppe souscrite (2.238 M€ pour les lanceurs et 512 M€ pour le Centre Spatial Guyanais (CSG) va permettre d’améliorer la compétitivité d’Ariane 6 et de Vega C, de développer les briques technologiques du futur avec le moteur Prometheus et de rénover le CSG. L’enjeu essentiel pour l’Europe du maintien de son accès indépendant à l’espace est parfaitement atteint.

Pour l’exploration, l’enveloppe souscrite financera les activités liées à la station spatiale internationale, à la Lune et à Mars, dans un contexte international marqué par les annonces américaines d’un retour sur la Lune dès 2024. Le programme E3P a ainsi été souscrit à hauteur de 1.953 M€, à un niveau suffisant pour lancer les activités dans les quatre piliers proposés : vol habité en orbite basse avec la confirmation des engagements européens en faveur de la station spatiale internationale ; vol habité au-delà de l’orbite basse dans le cadre de la station circumlunaire proposée par les Etats-Unis (Gateway) ; exploration robotique lunaire ; exploration robotique martienne avec notamment la future mission Mars Sample Return, qui aura vocation à ramener sur Terre des échantillons de sol martien. 

Le maintien de la compétitivité industrielle se fera principalement au travers d’une part, des programmes d’observation de la Terre destinés à financer la future composante spatiale de Copernicus et les satellites d’observation du programme Future Earth Observation (Future EO) et d’autre part, du programme ARTES pour préparer l’avenir des télécommunications par satellites. Les programmes d’observation de la Terre ont été plébiscités, avec des souscriptions à hauteur de 2.541 M€, dont 545 M€ pour Future EO et 1.810 M€ pour le programme Copernicus cofinancé avec l’Union Européenne. Cela démontre une fois encore l’apport essentiel des applications spatiales dans la surveillance de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Le programme ARTES a, quant à lui, obtenu une enveloppe de 1.511 M€, afin de soutenir la compétitivité de l’industrie européenne dans le domaine très concurrentiel des satellites de télécommunications. 

Les Etats membres ont également souscrit aux programmes liés à la sûreté et à la sécurité (Space Safety Programme) à hauteur de 432 M€. Ce nouveau programme découle d’une prise de conscience croissante des risques associés à trois menaces spatiales importantes. La mission L5 aura tout d’abord pour vocation d’améliorer notre connaissance et nos prédictions en matière de météorologie spatiale, puisque des phénomènes physiques tels que les éruptions solaires peuvent avoir des conséquences dramatiques sur le fonctionnement de nos économies. La mission Hera servira à tester des méthodes de déviation d’astéroïdes en orbite, afin d’être en mesure d’éviter de futures collisions avec la Terre. Enfin, la mission ADRIOS permettra de tester des technologies de retrait actif de débris spatiaux, en contribuant ainsi à rendre les orbites terrestres moins polluées et donc plus sûres pour les satellites. 

Enfin, l’ESA confirme son rôle en soutien à la technologie (561 M€) et au développement d’expériences scientifiques (229 M€) avec les programmes GSTP et PRODEX. L’ESA joue en effet le rôle d’agence spatiale pour la plupart de ses États membres ne disposant pas de budgets nationaux dédiés et doit à ce titre continuer à investir dans les briques technologiques et scientifiques permettant de préparer l’avenir. 

Ces résultats impressionnants sur les plans budgétaire et programmatique, confirment plusieurs tendances structurelles du spatial européen.

D’abord, le spatial est devenu une composante essentielle de nos économies et de nos sociétés. En tant qu’outil en soutien de quasiment toutes les politiques publiques (climat, environnement, sécurité, transports, agriculture, fracture numérique, recherche), le secteur spatial bénéficie désormais d’un soutien politique et budgétaire constant et conséquent de la part des décideurs politiques européens. 

Ensuite, l’Europe n’est jamais aussi forte qu’en mettant les ambitions nationales au service de l’intérêt général européen. Ce sont les priorités scientifiques, programmatiques et industrielles de ses États membres qui, mises bout à bout de manière cohérente, forment un programme spatial européen d’envergure. Cela passe par une longue préparation des décisions, centrée sur la recherche du consensus, qui constitue la marque de fabrique du processus européen. La préparation de Space19+ a ainsi débuté il y a plus d’un an et a été rythmée de nombreuses réunions du Conseil de l’ESA et de ses comités de programme pour élaborer un paquet programmatique global, à la fois ambitieux et réaliste. 

Enfin, Space19+ a été une réussite car l’Europe spatiale n’est pas restée repliée sur elle-même, mais a envisagé cet événement dans son contexte global. Toutes les décisions programmatiques de Space19+ peuvent ainsi se lire à l’aune du double prisme de la coopération et de la compétition. L’Europe a renforcé sa crédibilité en matière de science, d’exploration, d’observation de la Terre pour rester un partenaire international incontournable pour toutes les futures missions spatiales d’envergure dans ces domaines. De même, elle a fait le choix de l’innovation et de la compétitivité, notamment dans les télécommunications, les lanceurs ou l’observation de la Terre, afin de rester à la pointe de la compétition commerciale. 

Au final, Space19+ apporte la plus belle des réponses aux sceptiques : l’Europe reste au centre du jeu spatial.