Préface de la lettre 3AF consacré au transfert de technologie du domaine aérospatial vers la santé

Ce numéro de la lettre de la 3AF, consacré aux liens entre ces deux domaines en apparence éloignés que sont l’aéronautique et le spatial d’une part, et la santé de l’autre, nous apporte de magnifiques exemples de ce que sont la recherche et l’innovation dans la réalité quotidienne des chercheurs, des ingénieurs et des organismes : un univers où les disciplines se croisent, où les idées des uns répondent aux questions des autres, où le hasard, parfois, joue aussi un rôle.

Alors que le monde vient de subir une pandémie dont les conséquences humaines et économiques sont encore difficiles à évaluer, nous avons pu mesurer la réactivité de notre système de recherche tout entier. L’aéronautique et le spatial ont pris toute leur part aux côté des instituts de recherche, des hôpitaux et des personnels de santé. Les aviateurs, les ingénieurs aéronautiques et spatiaux, connaissent bien ces situations d’urgence opérationnelle telle que celle que nous avons rencontrées, et ils ont eu à cœur de se mobiliser très rapidement et avec efficacité. Qu’ils en soient remerciés.

Ce numéro avait été imaginé avant le début de la crise sanitaire ; il traite essentiellement des transferts de technologie de l’aérospatial vers la santé, mais ceci préfigure ce qui a pu être fait dans l’urgence imposée par la période, et illustre la complémentarité des diverses échelles d’avancement de la science et de la technologie, en commençant par l’éducation et la formation des chercheurs et ingénieurs, la recherche fondamentale en laboratoire ou en université, la recherche technologique dans les instituts et dans l’industrie, le développement d’applications… L’innovation, qui est le moteur de notre industrie aérospatiale dont la France est fière, est le résultat de tous ces éléments indissociables, et elle a montré qu’elle sauvait des vies.

La crise nous a aussi amenés à revoir les forces et faiblesses de notre technologie et de notre système d’innovation. Nous devons renforcer notre résilience et notre autonomie, notamment dans les domaines qui nous permettront de répondre efficacement et rapidement aux futures crises. Les outils de télécommunications qui facilitent les échanges à distance doivent être renforcés, qu’il s’agisse des moyens de transmission ou des ressources numériques permettant la téléconsultation, le télétravail, le téléenseignement. Et l’exigence d’un monde plus respectueux de la nature, de technologies moins polluantes et protégeant le climat, s’impose à nous avec force. L’aéronautique a déjà commencé sa mue vers l’avion bas carbone, voire zéro émission qu’on nous promet pour 2035, et je m’en réjouis. C’est aussi une autre façon, discrète mais très efficace, de protéger la santé et la vie des citoyens de la Terre. La recherche française est au cœur de cet élan : les nouvelles technologies sont l’un des principaux moteurs de l’innovation du secteur aéronautique, avec de nouveaux matériaux, la miniaturisation électronique, les procédés industriels en rupture comme la fabrication additive, les liaisons sans fil et l’internet des objets, les nouvelles motorisations de puissance…. 

Le spatial n’est pas en reste. Il sait répondre aux catastrophes en guidant les secours ou en accompagnant les sauveteurs par des cartes établies en quelques heures par l’ensemble des agences et opérateurs mondiaux ; il permet de prévoir ou comprendre l’évolution des épidémies en suivant l’évolution de l’environnement, de la pollution et des activités humaines. Il apporte des services aux citoyens : le lancement prochain de Konnect VHTS, projet d’Eutelsat soutenu par la France, permettra d’offrir de nouvelles capacités remarquables pour les télécommunications en zones blanches. Des nanosatellites aux constellations interconnectées, de l’exploration martienne au vol habité, tout nous pousse vers l’excellence, jusqu’à avoir pu utiliser les dernières technologies d’analyse d’images satellitaires par intelligence artificielle pour détecter le Covid-19 sur les échographies pulmonaires.

Dans cette course à l’innovation, la France et l’Europe peuvent compter sur des acteurs au meilleur niveau mondial : des agences de tout premier plan, des industriels champions dans leur domaine, des laboratoires de recherche exceptionnels et un tissu de start-up en pleine expansion. Il nous faut maintenant réinventer aussi la relation entre les pouvoirs publics et l’industrie, en faisant croître des écosystèmes d’innovation ouverts qui agrègent l’ensemble des acteurs de l’innovation.

Je voudrais pour conclure rappeler le rôle important de l’Association Aéronautique et Astronautique de France, qui contribue à cette mission essentielle de faciliter l’intérêt des jeunes et de tous les citoyens et leur compréhension pour la recherche et les développements aéronautiques et spatiaux. Dans notre société d’aujourd’hui, les sociétés savantes sont une source d’échanges scientifiques et techniques intergénérationnels, et partant, elles nous aident à préserver la mémoire vivante des technologies et des processus d’acquisition du savoir. À un moment où je défends avec force la notion de science ouverte, la 3AF est un vecteur de cette ouverture et de la diffusion du savoir. J’encourage les étudiants, les jeunes professionnels et les ingénieurs et techniciens du secteur spatial à renforcer la 3AF de leurs idées et de leurs rêves, et je continuerai à lui apporter le soutien de mon ministère.