Retour sur le forum IES 2018

Depuis plus de 25 ans, les forums Intelligence Economique et Stratégique (IES) sont organisés tous les deux ans par la Commission Intelli­gence Stratégique et Prospective (CISP) de la 3AF. Le 14ème forum européen IES s’est déroulé à Paris les 3 et 4 octobre 2018 sur le thème “ L’IES de demain : artificielle versus humaine ”, autour de la question : l’Intelligence Artificielle (IA) va-t-elle transformer les métiers de l’Intelligence Economique et Stratégique ? L’Espace Chaptal a offert son cadre agréable et fonctionnel à notre forum qui a rassemblé sur deux jours près de 100 participants, dont nombre d’étudiants. L’endroit s’est révélé parfaitement adapté à cet évènement bisannuel où industrie et monde académique se côtoient. IES revendique avant tout être un lieu d’échanges et de partages d’expériences, avec un concept original où l’interactivité est favorisée à travers certaines sessions organisées sous forme d’ateliers. Comme le veut la coutume et en tant que présidente de la CISP et du forum IES 2018, Laurence Monot (Business Intelligence Manager MBDA) ouvre la manifestation en introduisant Alain Wagner (Vice-Président de la 3AF et Vice-Président, International and Space Institutions chez Airbus Defence and Space). Après avoir accueilli chaleu­reusement les participants au nom de Michel Scheller (Président de la 3AF), retenu par ailleurs, et après avoir remercié les organisateurs, Alain Wagner nous entraîne sur son terrain de prédilection : l’Espace.


L’Espace, gisement de données pour l’intelligence artificielle

L’explosion des données satellitaires, notamment celles liées à l’observation de la Terre engendre un formidable besoin en moyens d’analyse et de traitement. Ce constat est à l’origine de la création des “ boosters ”. Nés d’une initiative du COSPACE (Comité de concertation Etat-Industrie sur l’espace), ce sont des structures ayant pour mission d’identifier et d’accompagner des projets de services numériques innovants utilisant des données spatiales et aussi de mettre en relation les acteurs du numérique, du spatial et des usages afin de booster le développement de ces projets. Et de conclure en guise d’introduction à ces journées : “ Regardez vers les étoiles ; il pleut des données ; et elles n’attendent que vous ! ”. Anne Drapeau (Foresight Analyst chez ArianeGroup) le redit en d’autres termes : “ Les satellites sont créateurs de données pour l’IA ”. L’intelligence artificielle modifie les usages ; en intégrant l’imagerie satellitaire à de nouveaux services et à toutes sortes d’applications auparavant insoupçonnées, elle ouvre de nouvelles perspectives au secteur spatial. Et pour Anne Drapeau, c’est le développement et l’utilisation couplés de la robotique et de l’IA qui seuls rendront l’exploration spatiale possible pour l’homme et lui ouvriront à terme la voie vers la colonisation de la Lune et de Mars.


L’intelligence artificielle et l’homme
 
En abordant les questions d’éthique, Emmanuel Bloch (Directeur développement Ethique et Responsabilité d’Entreprise chez Thales), nous fait prendre une salutaire hauteur de vue sur notre objet d’étude. Un court extrait du film “ Her 1” nous conduit tout droit en 2025, auprès d’un personnage qui, on le devine, va peu à peu tisser une relation amoureuse avec une certaine Samantha, qui n’est autre que l’IA système d’exploitation de son ordinateur. Fiction ? Les algorithmes ont-ils une âme ? Plus prosaïquement, il ressort d’un sondage publié en début d’année 2018 par l’institut CSA sur le rapport des Français à l’intelligence artificielle que 80% d’entre eux sentent que l’IA est déjà présente dans leur quotidien ou en passe de le devenir ; 47% considèrent que l’IA constitue plutôt une menace pour la démocratie et 70% pour la protection de la vie privée. L’éthique est au cœur de leurs préoccupations ; l’éthique est la condition première d’une IA acceptable. Ce constat est à l’origine de l’écriture d’une charte “ Ethique et transformation numérique ”, actuellement en phase finale de mise en place chez Thales, groupe industriel dont l’activité soulève de graves questions. Fera-t-on un jour des robots tueurs ? Quelle “ loyauté ” de décision d’une IA ? Quelles parts respectives pour l’homme et la machine dans la décision et quelles responsabilités en cas d’accidents ?

Mais au fait, qu’entend-on par IA ? Pour le Larousse, l’IA est un ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine. Pour Anne Krupicka (Maître de conférences en sciences de gestion à l’institut d’administration des entreprises de Poitiers), l’IA est un ensemble de programmes informatiques qui résolvent des problèmes habituellement résolus par des intelligences humaines de haut niveau. Il est intéressant de noter que dans les deux cas, on se réfère à l’intelligence humaine. Anne Krupicka est spécialiste du comportement des individus ; elle retrace pour nous les évolutions parallèles de la psychologie cognitive et de l’IA. Le cerveau humain est complexe et s’adapte en permanence au contexte, ceci à chaque étape d’un processus décisionnel. Le modèle de décision humain est éloigné des modèles purement rationnels. “ L’émotion participe à la raison, et elle peut assister le processus de raisonnement au lieu de nécessairement le déranger comme on le supposait couramment ” ou encore “ L’émotion confère aux êtres vivants la possibilité d’agir intelligemment sans penser intelligemment ” dit le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux. En psychologie cognitive on a d’abord cru que l’homme raisonnait comme une machine ; aujourd’hui, avec l’IA on cherche à faire ressembler la machine à l’homme. Ce qui manque encore à l’IA, c’est l’intégration et la génération des émotions dans la prise de décision. L’homme est capable d’agir et de décider sans donnée, alors que la machine, qui n’est dotée ni d’intuition, ni d’intime conviction, ne l’est pas. Cependant, l’apport incontesté de l’IA à la décision est la rapidité de traitement d’un grand nombre d’informations. La “ lenteur ” du raisonnement humain a obligé le pilote du vol 1549 d’US Airways à amerrir sur l’Hudson le 15 janvier 2009, après que les moteurs de son avion avaient perdu la quasi-totalité de leur puissance suite à l’ingestion d’oiseaux. Une IA aurait pu analyser plus vite la masse de données à prendre en compte pour prendre une décision plus tôt, ce qui aurait certainement laissé à l’avion le temps de rejoindre un aéroport. Mais une IA serait-elle parvenue à poser un avion avec une propulsion si dégradée ?


Les grands témoins d’IES 2018

Thomas Gomart est directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), le think tank français de référence sur les questions internationales. Créé en 1979 sur le modèle anglo-saxon, l’IFRI est le principal institut français de recherche et de débat indépendant, consacré à l’analyse des questions internationales et de gouvernance mondiale. Sa recherche a pour mission d’éclairer et de mettre en perspective les grands événements internationaux. Elle s’adresse prioritairement aux décideurs politiques et économiques, aux milieux académiques, aux leaders d’opinion ainsi qu’aux représentants des sociétés civiles. Historien et expert des relations internationales, Thomas Gomart a brossé un panorama complet et formidablement documenté de la situation de l’Union Européenne face au triangle formé par les trois grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie (Cf. “ L’Union européenne face au triangle Etats-Unis/Chine/Russie ” ; Annales des Mines-Réalités industrielles – Fév.2018, p. 12-15). En tant que puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ces trois pays jouent un rôle politique direct dans la plupart des grands dossiers internationaux ; ils sont au cœur du processus passé et à venir de mondialisation. Contrairement à l’Union Européenne qui peine à se penser comme une puissance, ces trois pays pratiquent et assument des politiques quasi idéologiques s’appuyant sur la maîtrise des domaines militaire, financier, énergétique et numérique : unilatéralisme pour les Etats-Unis, nationalisme pour la Russie, marxisme léninisme doublé d’une forte ambition économique et stratégique pour la Chine. La Chine, qui brigue le rang de première puissance mondiale, pour le centenaire de la proclamation par Mao Zedong de l’avènement de la République populaire en octobre 1949. Si elle veut être en mesure de peser sur l’orientation du cours de la mondialisation, plutôt que de la subir, l’Union Européenne doit être vigilante face aux diverses stratégies des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Il lui faut les suivre, chacune séparément, et parvenir à tirer parti des convergences ainsi que des intérêts et points communs qu’elle a avec chacun de ces trois pays. Ses atouts pour cela : un système universitaire de grande qualité ainsi que le poids et la force de ses entreprises.

Alain Juillet est président de l’Académie de l’Intelligence Economique. Fondée en 1993, l’Académie de l’Intelligence Economique a pour mission de valoriser, promouvoir et diffuser un savoir-faire professionnel en Intelligence Economique, adapté aux besoins concrets de l’entreprise. Elle compte plusieurs centaines de membres dont un Collège composé de permanents : entrepreneurs, dirigeants, journalistes, consultants et universitaires, etc. C’est la troisième fois en 15 ans, qu’Alain Juillet - ancien officier parachutiste ayant ensuite œuvré au sein du Secrétariat Général de la Défense Nationale - honore le forum IES de sa présence. Pour lui, le moment présent d’une rupture dans les pratiques de l’IE est propice au questionnement. Il s’est ainsi tout d’abord attaché à susciter la réflexion autour de plusieurs constats, factuels, voire inquiétants pour certains : le Big Data révolutionne nos principes de pensée ; le processus actuellement en marche nous enlève tranche par tranche des pans entiers de nos libertés et nous vivons dans un régime que les révolutionnaires de 1789 n’auraient pas même oser imaginer ; on ne mesure pas encore complètement le rôle et l’importance qu’aura l’IA dans le futur mais celle-ci bouleverse d’ores et déjà nos approches et la Chine se positionne pour battre d’ici 20 ans les Etats-Unis sur ce terrain. Se référant ensuite à l’invraisemblable affaire de l’assassinat d’Alstom (Cf. “ Conséquences de la loi anti-corruption américaine à travers le cas d’Alstom ” -Lettre 3AF n° 27 ; sept.-oct. 2017) ainsi qu’aux inévitables déboires du même acabit qui vont frapper Areva sous peu et tant d’autres ensuite, Alain Juillet prédit que les grandes entreprises françaises vont, à court terme, être tiraillées entre les USA et la Chine et qu’il leur faudra savoir réagir et faire des choix stratégiques. L’IE aura là un rôle majeur à jouer pour éclairer les décisions, pourvu qu’on veuille bien entendre les alertes et recommandations que les analystes, spécialistes d’IE, ne manqueront pas de formuler…


Comment vulgariser l’IE ?

Alexandre Leraître et David Gendreau (Cofondateurs de l’agence de communication stratégique Média Géo Stratégie) ont été invités à présenter à IES 2018 la démarche à travers laquelle ils ont réalisé le documentaire “Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric”, un parfait exemple de communication grand public en IE. Coproduit par Along Production et LCP-Assemblée Nationale, ce film de 52 minutes traite magistralement de l’application extraterritoriale de la loi anti-corruption américaine et de ses conséquences pour l’industrie européenne, à travers l’analyse détaillée rigoureuse et pédagogique du cas dramatique de la vente d’Alstom Energie à General Electric. On regrette que seul le teaser de cet excellent documentaire, disponible en intégralité sur dailymotion (https://www.dailymotion.com/video/x68yqm9), ait été diffusé pendant le forum. Selon le ressenti a posteriori de ses auteurs, c’est seulement après avoir visionné leur film qu’Arnaud Montebourg a véritablement bien pris conscience de tous les ressorts de l’affaire Alstom : dommage et édifiant !

Présidée par Alain Sève (Responsable veille de l’ONERA), la session du forum consacrée aux rapports entre IE et IA fut l’occasion d’inviter les nombreux spécialistes de l’intelligence économique et stratégique présents à croiser leur vision avec celle d’Emmanuel Ledinot (Responsable des études scientifiques amont chez Dassault Aviation). En levant le voile sur les techniques mathématiques classiques (extrapolation, interpolations, etc.) qui fondent le “ Machine Learning 2” et les processus décisionnels associés, ce dernier nous livre le point de vue complémentaire et riche d’enseignements, d’un ingénieur R&T non familier de l’IE, mais doté d’une expérience avérée de l’IA et du Big Data, liée à la maintenance prédictive des avions. Emmanuel Ledinot incite à la réserve et à la prudence quant à l’application des techniques d’IA à l’IES en alertant, exemples concrets à l’appui, sur les difficultés qu’il entrevoit et en soulignant les points de vigilance qui, selon lui, rendront sans doute encore plus difficile, qu’elle n’est en maintenance prédictive des avions, la mise en pratique de l’IA sur le volet décisionnel de l’IES : robustesse, qualification des sources, des métriques, des tailles d’échantillon, etc.

Avec les témoignages de l’IRSTEA (Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture) et du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), ce sont deux expériences vécues au sein d’organismes de recherches français qui sont racontées.

En duo, Emmanuelle Jannès-Ober (Directrice adjointe à la direction de la prospective, de la veille et de la valorisation de l’information scientifique d’IRSTEA) et Floriane Giovannini (Chargée de veille à l’IRSTEA) présentent le dispositif d’intelligence économique et stratégique qui a été déployé, au service de la recherche et de l’ambition de leur institut. C’est stratégiquement que l’IRSTEA s’est impliqué dans une démarche d’IES : avec l’objectif d’anticiper les évolutions des secteurs économiques en lien avec lesquels il travaille, de mieux se positionner par rapport à la concurrence, et de construire une politique de partenariat permettant une valorisation optimale de ses travaux de recherche. Un dispositif cohérent avec les autres politiques de l’institut (science ouverte, gestion des données de recherche, démarche qualité, etc.) et qui commence à être fructueux, a ainsi été mis en place en portant une attention particulière à la sensibilisation du personnel aux enjeux associés. 

En tant que directeur des programmes et de la Stratégie du CEA-LIST 3, l’institut du CEA spécialisé dans le numérique et la robotique où plus de 200 personnes travaillent sur l’IA, Julien Chiaroni est familier des enjeux mêlés de souveraineté nationale et d’innovation. Il se réfère à l’ancien ministre de la défense Jean-Yves Le Drian selon qui : “L’intelligence artificielle est un élément de notre souveraineté nationale… La France doit donc elle aussi investir… pour être au rendez-vous des défis qui s’annoncent…”. C’est précisément ce qu’a fait le CEA-LIST aujourd’hui au meilleur niveau mondial en traitement d’images et par ailleurs partie prenante des projets DATAIA et DIGIHALL, portés par l’Université Paris-Saclay. Sélectionné par l’Agence Nationale de la Recherche dans le cadre des programmes d’“Investissements d’Avenir”, l’institut DATAIA a pour vocation de regrouper et de structurer des expertises pluridisciplinaires (mathématiques, informatique, sciences juridiques, économiques et sociales) pour répondre aux enjeux majeurs des sciences des données, de l’intelligence artificielle et de leurs applications. Quant au futur pôle du numérique DIGIHALL, il vise à consolider sur le plateau de Saclay un espace majeur d’activités de recherche scientifique et technologique dans le domaine du digital.


Retour sur les MOOC à travers un atelier participatif

Le principe des MOOC (Massive On line Open Course), des cours en ligne dont la forme reste finalement assez traditionnelle, avait été présenté lors d’IES 2016. Le forum de cette année fut l’occasion d’approfondir le sujet avec Jacques Loigerot (Ingénieur veille au CETIM) animateur d’un atelier participatif illustrant ce concept à travers un cas pratique mis en œuvre sur la plateforme Fun développée en 2013 à l’initiative du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Forts de leur expérience conjointe de développement de modules de formations, les pôles “ veille ” et “ formation & gestion des compétences ” du CETIM se sont lancés ensemble dans l’aventure du MOOC. Leur objectif était de former à la veille autonome des responsables innovation ou des personnels opérationnels d’entreprises industrielles de la mécanique. C’est ainsi qu’est né le MOOC “Les bonnes pratiques de veille technologique ”. Structuré en plusieurs étapes (Introduction à la veille et présentation du processus dans sa globalité ; définition des axes et des livrables de veille ; organisation de la veille ; identification et définition des sources ; collecte de l’information ; analyse et synthèse ; partage et diffusion des résultats de veille), ce cours en ligne, qui s’est déroulé sur 8 semaines entre les mois de mai et juillet 2018, a connu un succès considérable : 7500 inscrits issus de 82 pays ont généré près de 200 fils de discussions. Les supports de formation restent accessibles en ligne aux participants et il est maintenant envisagé de proposer une nouvelle session de ce MOOC en 2019 et d’en faire une version en anglais. Investissement, disponibilité et agilité sont les conditions nécessaires au développement réussi et à l’animation réactive d’un MOOC.


La CISP, un creuset où le travail collaboratif démultiplie l’efficacité de l’IES 

La CISP est le réseau 3AF des professionnels des métiers de l’IES : veille, analyse, propriété intellectuelle, prospective, stratégie, etc. Ses membres, qui entretiennent des relations de confiance sont tous en poste et n’exercent pas d’activité de conseil. Ils se réunissent périodiquement, en sessions plénières, ou en groupes de travail (GT) plus restreints. Afin d’élargir et d’enrichir les débats, la CISP invite à sa table de multiples secteurs d’activités : assurance, automobile, chimie, électronique, énergie, finances, mécanique, santé, services, transports, etc.

Retours sur les groupes “ livrables ” et “ sources ” de la commission, parangons du genre dont les acquis furent respectivement présentés par deux binômes : Laurent Couvé (Responsable veille technologique & stratégique au CETIM) associé à Marie-Ange Delemotte (Chargée de veille chez Dassault Aviation) et Nathalie Nogueira (chargée de veille à la Direction Stratégie Produits et Marché de la Division Moteurs Civils chez Safran Aircraft Engines) aux côtés d’Isabelle Langlois (analyste au sein du Service d’Analyse Concurrentielle et d’Information Technologique de la Direction Générale Technique de Dassault-Aviation).

Pratiques et usages de veille évoluent. Le métier du veilleur bouge. Les livrables doivent donc suivre et pourquoi pas même devancer et anticiper les changements. Un groupe de travail a été mis en place en 2016 au sein de la CISP avec l’objectif de répondre à un besoin fort des participants d’adapter leur offre de livrables de veille aux besoins de leurs clients. Ces derniers attendent désormais du veilleur qu’il leur apporte davantage de services et d’accompagnement tout en s’adaptant à leurs usages. S’ils ont de moins en moins le temps ou l’envie de lire, ils apprécieront des résultats visuels et personnalisés (infographies, cartographies) qui auront avantage à leur être présentés lors de journées ou de séminaires en ligne dédiés. Autre piste : le livrable du futur ne sera peut-être plus réalisé par l’équipe de veille, mais pourra être conçu directement par le client-utilisateur avec l’accompagnement du veilleur, garant de fiabilité en tant que spécialiste des outils et des sources et avec son aide pour la mise en valeur des informations essentielles. Le livrable pourra aussi être augmenté de liens vers d’autres livrables ou de commentaires et d’avis d’experts. Ira-t-on jusqu’à la “Veille as a Service” (VaaS 4), où le livrable ne serait plus seulement un produit, mais deviendrait un service à part entière ?

Du bon choix des sources dépend la fiabilité d’une veille. Un groupe de travail a été mis en place en 2012 au sein de la CISP avec l’objectif d’échanger entre participants sur la pertinence, la fiabilité et l’utilisation des sources d’information ouverte utilisées par leurs secteurs, de capitaliser ces sources et de les partager. Ainsi, c’est plus de six cents sources relatives à près de vingt nations et dix thématiques qui ont été passées au peigne fin de l’expertise commune.

Lieux de formation continue, d’échanges de pratiques et de partages d’expériences, les groupes de travail de la CISP permettent à chacun de leurs membres d’accroître la robustesse de ses pratiques et d’innover dans ses modes de fonctionnement, cela dans un climat de complète réciprocité, clef de voute de leur succès.


Rendez-vous en 2020 !

Il faut, dans un monde aujourd’hui envahi par le numérique, le digital et l’intelligence artificielle, s’attendre à des ruptures, sociologiques, techniques et systémiques. Le domaine aérospatial n’en sera pas exempt : gestion du trafic aérien, apparition de nouveaux usages de l’Espace, etc. Dans ce contexte bouillonnant, un observatoire ouvert du numérique a été mis en place mi-2018 au sein de la 3AF (Cf. page 42 de la présente Lettre). Sous la houlette d’Alain Wagner, cette instance a pour objectif d’instruire les multiples volets du développement des technologies de l’information à l’aune du domaine aérospatial et à terme de dégager des recommandations pour le secteur…

L’ensemble des communications faites lors du forum IES2018 montre que l’intelligence artificielle est présente au sein des démarches d’intelligence économique et stratégique des uns et des autres et interagit avec leurs pratiques. L’IA accompagne donc déjà les professionnels de l’IES, en étant au service de leurs intelligences humaines. Car le rôle de l’homme dans le dispositif d’IES reste capital et incontournable. Resurgit donc encore et toujours “ la primauté de l’humain sur la technologie ” qui rappelons-le nous était le leitmotiv d’IES 2016. L’intel­ligence artificielle va continuer de révolutionner notre monde ; l’intelligence économique et stratégique va poursuivre sa voie et en tirer le meilleur parti…

Deux bonnes raisons de se donner rendez-vous en 2020 pour le prochain forum IES qui se tiendra sous l’égide de la CISP de la 3AF !

 

Les échanges se sont poursuivis, sur un mode plus informel, mais non moins fructueux, en soirée le mercredi soir 3 octobre, à l’occasion du diner croisière organisé sur “ Le Capitaine Fracasse ” ; délicieux et agréable moment de convivialité où la clémence de l’arrière-saison nous a permis de profiter pleinement de Paris by Night, depuis le pont supérieur de la péniche.

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