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16 février 2021
Lettre 3AF

ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°46

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Bien que la crise du transport aérien ne soit pas terminée, il faut dès à présent se préoccuper de redonner confiance aux passagers. C’est le sujet difficile qu’aborde Jean-Baptiste Rigaudias, membre de la commission technique 3AF Aviation commerciale dans un article point de vue. Nous consacrons également un article point de vue au sujet Éthique et numérique : les enjeux dans le secteur aéronautique et spatial. Ce dossier est le fruit d’une table ronde qui s’est déroulée le 20 octobre 2020 à l’Hôtel de l’industrie et qui réunissait des experts du CNES, de l’ONERA, d’Airbus, de Thales, ainsi que Claudie Haigneré, ancienne ministre et spationaute.

Un autre dossier, relatif à l’environnement, se décline dans les différentes rubriques de ce numéro. La Lettre 3AF n°44, parue en octobre 2020, traitait de l’avion à hydrogène. Le même mois paraissait le magazine Aviation civile de la DGAC, consacré au plan de soutien massif pour le secteur aéronautique, où s’exprimaient des responsables d’organismes et sociétés de l’aéronautique. Pour aller vers l’avion vert, Stéphane Cueille (Safran) entendait miser sur la substitution du kérosène par de nouveaux carburants. Jean-Brice Dumont (CORAC) renchérissait nous souhaitons apporter des réponses très rapides sur l’incorporation des biocarburants. Claire Rais Assa, (Direction du transport aérien) précisait : On entend par biocarburants durables des carburants issus de ressources qui n’entrent pas en concurrence avec l’alimentation et qui n’affecte pas l’environnement. Et Philippe Beaumier (ONERA) complétait : Nous allons élargir le périmètre de nos études environnementales pour évaluer finement l’impact de l’aviation décarbonée sur le climat. Le présent dossier s’intéresse à l’état des connaissances dans les domaines de la théorie, du calcul et de la mesure. L’article de synthèse de Roland Berton (ONERA) traite des influences diverses sur le climat terrestre. Celui d’Eric Terrenoire (ONERA) se focalise sur l’influence des traînées de condensation des avions et de leurs répercussions sur la modification du bilan radiatif terrestre. Dans la perspective d’un avion décarboné, ce phénomène mérite d’être bien caractérisé, son impact pouvant être supérieur à celui du dioxyde de carbone. Enfin, compte tenu des enjeux attachés aux gaz à effet de serre (GES), il importe de développer des techniques de mesure des concentrations des GES dans l’atmosphère telles que celles impliquant des lidars que présente Nicolas Cézard (ONERA). Fort de ses compétences multidisciplinaires, l'ONERA fait partie des treize institutions de recherche à travers le monde qui ont uni leurs forces pour constituer l'initiative ZEMA pour Zero Emission Aviation afin de lancer des recherches pour une aviation durable et respectueuse de l'environnement avec l’objectif de rendre l’aviation sans pratiquement aucun impact environnemental négatif.

Notre rubrique Sciences et techniques aérospatiales compte deux articles émanant de lauréats des prix 3AF réussite et meilleure thèse 2020. Thierry Fusco traite d’optique adaptative et Pierre Cordesse de combustion dans les moteurs fusées. Un autre article aborde les matériaux à mémoire. Il est dû à François Leproux, ingénieur chez Nemesis Technology à Metz. François Leproux vient de fonder avec Damien Hartmann, président d’Open Space Makers, le groupe régional Grand Est présenté dans cette Lettre. Et pour renforcer la coloration messine de ce numéro, Philippe Jung évoque la vie de Louis Susane, pionnier de la fusée du XIXe siècle à Metz.

La rubrique Éducation présente une interview d’Olivier Lesbre, président du groupe ISAE par Jean-Pierre Sanfourche, ainsi qu’un article sur la formation des étudiants et la valorisation de leurs travaux à l'ISAE concernant le projet Aorta in Microgravity dans le cadre d’Orbit Your Thesis de l'ESA.

Notre dossier Environnement se poursuit par des notes de lecture qui témoignent de la passion entourant ce sujet. En effet, notre société occidentale est tiraillée entre deux craintes contradictoires : celle du manque de ressources fossiles pour maintenir ses acquis et celle d’une utilisation abusive de ces mêmes ressources qui mettrait l’humanité en péril. Ces deux peurs sont aussi exagérées l’une que l’autre. Henri Madelin dénonçait en 1974 : Il y a une mythologie qui se pare de couleurs scientifiques lorsqu’il est question du futur. Le thème de l’épuisement des réserves est un thème qui revient périodiquement dans l’histoire pétrolière. En 1923 déjà, le suédois Arrhenius, prix Nobel de chimie, annonçait avec inquiétude « l’épuisement des réserves dans vingt ans 1 ». À la même époque en 1931, Paul Valéry avait déclaré, ayant à l’esprit la démesure du productivisme : le temps du monde fini commence. Et dès 1912, Paul Claudel faisait dire à Anne Vercors, paysan libre du quinzième siècle : Tel a été le mal du monde, que chacun a voulu jouir de ses biens, comme s’ils avaient été créés pour lui, et non point comme s’il les avait reçus de Dieu en commende 2.

Dans ce contexte, l’essai de Jean Viala, lauréat du prix 3AF en 2016, est l’ouvrage pragmatique d’un ingénieur confiant dans les progrès de la science, pour résoudre la crise climatique au moyen des biotechnologies, la pénurie énergétique grâce à la fusion nucléaire et les problèmes de nourriture par l’accroissement de la surface et de la productivité des terres. Notons que les rendements céréaliers ont augmenté en moyenne dans un rapport 17 depuis l’époque médiévale. Quand Anne Vercors énonce : Et depuis 10 ans il n’est pas une heure de mon travail qu’il (Dieu) n’ait quatre fois payée et une fois encore 2, il exprime que ses terres champenoises lui rapportent cinq fois la semence, ce qui était exceptionnel pour l’époque, la moyenne étant de quatre. Elle avoisine maintenant 70 et dans la Vienne en 2019, on obtint même 80.

Nous sommes les enfants gâtés et rebelles de la révolution industrielle, désirant à la fois le maintien du niveau de vie actuel et une exploitation vertueuse des sources d’énergie d’où l’attrait pour une croissance verte. Marc Fontecave, professeur au Collège de France, a déclaré récemment : La décroissance, on en a fait l'expérience en 2020, fait effectivement chuter le CO2 : en perdant 10% de notre PIB, nos émissions ont baissé de 7%. Cela signifie que pour atteindre la neutralité carbone, il faudrait que dans les trente ans à venir, nous ayons la même pandémie et le même résultat économique chaque année ! 3. Jean-Marc Jancovici, expert en énergie déjà cité dans nos colonnes 4, fondateur du shift project, met en garde contre le mythe d’une transition heureuse et lorsqu’on lui demande si un scénario 100% énergies renouvelables est possible, il répond : Bien sûr que c’est possible. En l’an de grâce 1500, le monde était 100% énergies renouvelables.




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