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GRAND PRIX 3AF - M. Françis Rocard - CNES

24 juin 2022 Articles
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La quête des autres mondes

Un texte de Francis Rocard du Centre National d’Etudes Spatiales

 

De par ma fonction de responsable des programmes d’exploration du Système solaire au CNES, mon travail est au cœur de l’exploration planétaire. Sur le plan des techniques spatiales, l’exploration planétaire est le domaine le plus exigeant, celui où certains développements technologiques sont poussés à leurs limites les plus extrêmes. Deux exemples : la sonde américaine Galileo Probe est entrée dans l’atmosphère de Jupiter en 1995 à la vitesse faramineuse de 172.000 km/h, vitesse qu’il est impossible de reproduire en test sur Terre. Son bouclier thermique a été dimensionné sur la seule base de simulations numériques poussées. Et cela a fonctionné ! Se poser sur une comète, avec Philae, est un autre challenge. Il a fallu inventer un concept d’atterrisseur sur un corps à très faible gravité. Et cela a (à peu près) fonctionné.

 

L’exploration planétaire a un immense attrait auprès du public. L’atterrissage de Philae a été retransmis dans une centaine de pays dans le monde. Cette curiosité se traduit par une forte demande médiatique d’informations précises, d’explications des événements et de diffusion d’images pour les médias. De par ma fonction, je me retrouve souvent au cœur d’un déferlement médiatique pour expliquer et commenter ce qu’il se passe sur une planète parfois en temps quasi réel. Ainsi il m’arrive de donner plus d’une centaine d’interviews médias par an quand l’actualité planétaire est chargée (~1600 interviews sur 10 ans). Ce fut le cas pour l’atterrissage d’InSight en 2018 ou celui de Philae en 2014. Ces interviews contribuent au rayonnement du spatial français au sein de missions européennes et internationales. 

 

A peine recruté au CNES, je suis envoyé en mission au Jet Propulsion Laboratory (Pasadena) afin de vivre en direct le survol de Neptune par la sonde iconique Voyager 2. Le JPL est un lieu mythique où les plus grandes missions planétaires ont été réalisées. C’est 5.000 ingénieurs passionnés qui développent des véhicules les plus improbable pour explorer les corps planétaires. Le Skycrane, utilisé par Curiosity et Perseverance pour se poser sur Mars, est une réalisation du JPL, et pourtant beaucoup disait « ça ne marchera jamais ! » et ça a marché.  La découverte de Neptune en temps réel, la surprise d’identifier des geysers sur la lune Triton et le fait que la planète possède non pas des anneaux mais des arcs, tout cela est apparu dans la même journée. André Brahic, à qui je voudrais rendre hommage, et qui a été un peu notre Carl Sagan français, est interviewé par la presse américaine. Ses réponses enthousiastes tant par les mots utilisés que par sa gestuelle a été un grand moment de bonheur pour les visiteurs du JPL qui souvent riaient aux éclats.  André, un des codécouvreurs des arcs de Neptune, a obtenu de l’UAI (Union Astronomique Internationale) qu’ils soient nommés Liberté, Egalité Fraternité. 

 

L’exploration des planètes est aussi une source d’inspiration et de fascination auprès d’un large public, des plus jeunes aux plus anciens. Cette transmission a lieu par les images que ces sondes nous envoient quotidiennement. Personnellement, je suis très curieux et avide de ces images des autres mondes. Elles me servent de support aux nombreuses conférences qu’il m’est amené de donner : plus de 400. Ces conférences grand public utilisent abondamment ces images et peu de texte, le commentaire étant oral.

C’est l’occasion d’expliquer la grande et les petites histoires de ces aventures robotisées : expliquer comment on se pose sur Mars ou sur une comète ; valoriser les contributions de la France à ces missions internationales ; expliquer le pourquoi de ces projets dont les objectifs touchent à notre existence même dans l’Univers et qui tentent de répondre à une question existentielle : « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? ». 

 

Enfin dernier vecteur de transmission du savoir scientifique et des technologies spatiales, la rédaction d’ouvrages. Le dernier en date « Dernières nouvelles de Mars, la mission du siècle » est assez singulier. Il a pour objectif d’expliquer pourquoi les américains veulent envoyer des missions habitées sur Mars d’ici le milieu de ce siècle. Il s’agit également d’expliquer comment cette aventure devrait se dérouler, notamment quelles technologies il sera nécessaire de développer, comme le nucléaire spatial pour l’énergie et la propulsion. Et pourquoi aujourd’hui tous les efforts US sont dirigés vers la Lune qui n’est qu’une étape stratégique indispensable avant d’envisager les premières missions vers la planète rouge. Car pour Mars, tout sera plus long, plus lourd, plus cher. Ce livre a reçu récemment le prix Roberval, catégorie grand public, qui récompense des œuvres consacrées à l’explication de la technologie. 

 

De par mes diverses activités depuis 30 ans, j’ai contribué, modestement mais avec passion, à faire rayonner les activités spatiales françaises tant sur le plan national qu’à travers le monde. Je tiens évidemment à remercier le CNES, qui est une formidable agence spatiale que beaucoup nous envient en Europe, de m’avoir permis de vivre cette passion de la quête des autres mondes pendant de si nombreuses années. 

Un panorama un peu particulier de la mission InSight qui détecte les séismes sur Mars depuis 2019. Le sismomètre sous sa protection thermique est visible en bas à droite. Il a été réalisé par le CNES et l’Institut de Physique du Globe de Paris, Philippe Lognonné en étant le responsable scientifique. Il aura fallu 3 décennies de travaux et de patience avant de voir enfin cette magnifique technologie française (les pendules ont été fabriqués par la société Sodern-ArianeGroup) fonctionner à la perfection sur le sol de Mars. Credit photo © NASA/JPL

La mission Cassini-Huygens est certainement un modèle de coopération entre l’Europe et les Etats-Unis. L’agence spatiale européenne a fourni la sonde Huygens qui s’est posée sur Titan le 14 janvier 2005 et l’orbiteur Cassini a étudié le système de Saturne de 2004 à 2017. Cette coopération exemplaire a permis aux scientifiques français d’être présents sur à peu près tous les instruments de la mission. Une découverte surprenante est faite dès juillet 2005 avec la présence de jets émanant du pôle Sud de la petite lune Encelade. Aujourd’hui cette lune est devenue une priorité importante pour la recherche de vie dans l’univers. En effet, un océan liquide serait présent sous la surface glacée d’où la vie a pu émerger. Ici en 2009, une vue emblématique des jets d’Encelade. Credit photo © NASA/JPL




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