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14 janvier 2022
Lettre 3AF

Interview du Général de division aérienne Dominique Arbiol directrice générale de l'École de l'air et de l'espace

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Passionnée par l’aviation depuis mon plus jeune âge, j’ai intégré l’École de l’air et de l’espace il y a un peu plus de 30 ans. C’est un immense plaisir de revenir dans cette très belle région Sud et notamment à Salon-de-Provence. Je mesure chaque jour l’honneur qui m’est fait d’être à la tête de la base aérienne 701 « général Pineau » et directrice générale de l’École de l’air et de l’espace. Je suis très heureuse de venir à la rencontre des lecteurs férus du milieu aéronautique et du spatial et de vous présenter notre prestigieuse école.

Le 1er Janvier 2019, l’École de l’air est devenue établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel de type grand établissement (EPSCP-GE) : quelles ont été les changements induits par cette évolution ? Quels avantages offre-t-elle quant au fonctionnement de l’école et à la formation des élèves-officiers ?

L’École de l’air et de l’espace est une prestigieuse école militaire de formation des officiers de l’Armée de l’air et de l’espace, experts de la mise en œuvre des systèmes d’armes dans les milieux aéronautique et spatial, et futurs hauts cadres dirigeants du ministère des armées.

Pour mémoire, l’École de l’air et de l’espace a pour missions : 

  • D’assurer la formation initiale des officiers aviateurs et de contribuer à leur formation continue au cours de leur carrière.
  • De dispenser d’autres formations dans le domaine aérien ou spatial.
  • De participer, dans le domaine aérien ou spatial, à la recherche scientifique et technologique.
  • De contribuer au rayonnement de l’Armée de l’air et de l’espace notamment par la transmission du patrimoine culturel de cette dernière.

Grande école militaire de l’air et de l’espace, l’école se doit de garantir l’excellence de la formation des officiers aviateurs - futurs cadres de notre Armée de l’air et de l’espace. Ces officiers de carrière ou sous contrat seront ceux qui auront à combattre face aux différentes menaces. Afin de s’inscrire dans la politique RH 2025 du ministère des Armées (MINARM), l’École a changé de statut pour devenir un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel de type grand établissement (EPSCSP-GE) le 1er janvier 2019.

Le nouveau statut de l’École constitue une opportunité pour poursuivre et consolider son haut niveau d’excellence dans le domaine aéronautique et spatial et augmenter sa performance.

Ainsi, ce changement de statut lui permet de rester à la pointe du domaine aéronautique et spatial au service des armées, en octroyant une personnalité juridique et une autonomie financière et administrative.

S’agissant d’autonomie, le nouveau statut de l’École lui permet par exemple de maitriser son offre de formation en délivrant (très prochainement) ses propres diplômes de master ou de licence et de confirmer ainsi sa position dans le référentiel des grandes écoles. Désormais, l’École peut ouvrir une partie de ses formations à des étudiants civils et militaires. 

Par ailleurs, ce nouveau statut instaure la recherche comme l’une des quatre missions de l’École et la formation par la recherche est un axe central de reconnaissance des diplômes de l’enseignement supérieur. Ses recherches contribuent non seulement à la production de connaissances mais aussi à leur application dans les domaines ciblés et interconnectés de l’aéronautique et de l’espace.

Placée sous la tutelle du ministère des Armées, sa gouvernance a elle aussi évolué. Dirigée par un officier général de l’Armée de l’air et de l’espace qui commande l’École, elle est désormais administrée par un conseil d’administration qui se réunit au moins 3 fois par an.

Comme vous pouvez le constater, cette évolution marquante de statut revêt différentes dimensions, tant juridique, administrative et financière qu’en termes de gouvernance, touchant aussi bien les domaines de la formation, de la recherche ou de l’innovation.

 

En 2020, la dénomination de l’École de l’air a changé, devenant École de l’air et de l’espace (EAE). Pourriez-vous exposer brièvement le contexte dans lequel cette décision est intervenue ?

En juillet 2019, en dévoilant les grandes lignes de la stratégie spatiale française de défense, le Président de la République annonçait la création d’un grand commandement de l’espace, placé sous l’autorité de l’armée de l’Air.

Et c’est sur le site de Salon-de-Provence le 24 juillet 2020, lors du baptême de la promotion des élèves de l’École que madame Florence Parly, ministre des Armées, a tourné une nouvelle page de notre histoire en autorisant à utiliser - à titre de nom d’usage - l’appellation d’« Armée de l’air et de l’espace » . 

Un an plus tard, l’École de l’air prend l’appellation d’« École de l’air et de l’espace » 

Cette appellation prend tout son sens car l’École, creuset de la formation des officiers aviateurs de l’air et de l’espace, a été impliquée très tôt dans le domaine spatial, et délivre aujourd’hui de nombreux enseignements sur cette thématique à tous les futurs officiers de l’Armée de l’air et de l’espace. 

Elle s’inscrit ainsi dans le souffle de la transformation de l’Armée de l’air et de l’espace. Cette étape est un véritable moment historique pour l’École !

Elle va ainsi enrichir et renforcer la formation délivrée dans les nouveaux domaines de conflictualité (cyber, espace, champ informationnel par exemple) 

Enfin, ce changement d’appellation d’une école militaire à portée internationale conforte la lisibilité de l’engagement du ministère dans la stratégie spatiale de défense.

 

Tous les élèves officiers – Air, Base, Mécaniciens – reçoivent-ils à Salon la même formation d’initiation au pilotage - la partie « Initiation au vol » -?

La formation pratique au vol se différencie entre les élèves du corps des officiers de l’air (personnel navigant = PN) et les élèves du corps des officiers des bases de l’air ou des mécaniciens de l’air (personnel non navigant = PNN). 

Les PN et les PNN effectuent tous des périodes dédiées au vol.

Cependant, les PN réalisent des vols sur planeurs (à l’Escadron d’instruction au vol à voile) tandis que les PNN effectuent soit des vols d’acculturation en tant que passagers (sur avions légers motorisés du type Cirrus) soit des visites en unités navigantes au sein des bases aériennes métropolitaines.

 

Comment les élèves choisissent-ils leur cursus, formation diplômante et futur métier, parmi tous les cursus offerts ? 

L’offre de formation est très variée au sein de notre établissement !

Selon le niveau de recrutement, trois cursus peuvent être proposés.

Le cursus master en 3 ans conduisant à l’obtention de l’un des diplômes suivants :

  • Diplôme d’ingénieur de l’EAE. Via le concours commun des instituts nationaux polytechniques à l’issue des classes préparatoires aux grandes écoles ou sur concours à partir de niveau licence.
  • Diplôme de l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence, master « Relations internationales », parcours « géostratégie, défense et sécurité internationale » de l’IEP.
  • Diplôme de l’École de l’air et de l’espace cours master pour certains élèves admis sur titre.

Le cursus licence en 2 ans est réservé aux élèves issus du concours interne sur épreuves.
Il conduit à l’obtention d’un diplôme de niveau licence. L’École est justement en train de faire habiliter un nouveau diplôme valant grade de licence, dont la demande d’accréditation est en cours. Ce nouveau diplôme offrira 3 parcours différents aux élèves officiers qu’ils choisiront en fonction de leur spécialité. Il offre en particulier une place nouvelle aux pédagogies actives, aux opportunités d’individualisation de la formation, aux projets et aux « serious games ». 

Le cursus consacré à la formation militaire et générale de l’officier : escadrille de formation cursus court (EFCC) dédiée aux officiers issus du rang, officiers sous contrat, volontaires aspirants, officiers de réserve ainsi qu’à certains élèves de l’École polytechnique, de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA-Bretagne) et aux élèves Ingénieurs militaires d’infrastructure (IMI).

Enfin, nous avons lancé l’année dernière avec l’École centrale Marseille et en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et le Commandement de la Cyberdéfense du ministère des Armées, un mastère spécialisé cyber sécurité des systèmes complexes pour l’industrie et la défense ouvert à des jeunes diplômés, cadres ou ingénieurs en poste. Sur la partie « espace », j’ai compris que cela faisait partie de la prochaine question !

 

L’enseignement de l’Espace va tenir une place de plus en plus grande dans les programmes de sciences et technologie, où en est-on actuellement ?

La montée en puissance des capacités spatiales militaires et le changement d’appellation de l’École conduisent à s’assurer de la cohérence à la formation de nos officiers. Ainsi, de nouveaux modules d’enseignement ont été définis en adéquation avec les nouvelles missions liées à la montée en puissance des capacités spatiales. 

L’École a mis en place dès 2021 un nouveau séminaire international intitulé « Space and Defense Seminar » (SPAD-S) dans le tronc commun de formation en première année. Au printemps dernier des tables rondes, en langue anglaise et retransmises à l’international, ont réuni des experts civils et militaires du domaine spatial (dont 4 astronautes français anciens élèves ou personnalité qualifiée du Conseil d’administration de l’École). Ce séminaire a été clôturé par un « Serious Game », mettant les élèves en gestion de situation de crise.

Par ailleurs, un mastère spécialisé et une chaire sur la sécurité des opérations spatiales vont très bientôt être ouverts à des étudiants ou du personnel du ministère des Armées et d’autres organismes en formation continue. C’est une 1ère même si l’espace est enseigné depuis 20 ans au moins au sein de l’établissement !

Le lancement est prévu en septembre 2022 afin de développer davantage la dimension spatiale dans la formation de l’officier, en s’appuyant sur des pédagogies innovantes notamment grâce à la création d’un centre de simulation multi-milieux, multi-champs (M2MC). 

 

Comment les perspectives de carrière « Espace » se présentent-elles ? Est-il prévu qu’à la fin de leurs études, certains élèves puissent entamer tout de suite une carrière spatiale militaire en étant affectés au Commandement de l’espace : satellites d’observation de la Terre, satellites d’écoute et de renseignement, moyens spatiaux de navigation, … ? 

Bien sûr, la formation à l’EAE prépare les élèves officiers à occuper des postes très divers au sein des armées et certains d’entre eux en cours de formation à l’École seront probablement affectés rapidement au Commandement de l’espace ou encore dans des entités qui mettent en œuvre ou utilisent des données spatiales.

 

L’EAE fait partie du groupe ISAE. Quels profits les élèves retirent-ils de leur participation à cette organisation ?

L’École de l’air et de l’espace a rejoint le groupe ISAE comme membre associé en 2012. Cette association permet de tisser des liens privilégiés entre grandes écoles et de favoriser la mobilité en interne entre tous les partenaires du groupe (échanges d’élèves, professeurs, projets communs, etc.). 

L’EAE est impliquée dans des actions communes avec le groupe ISAE au sein de différentes commissions (formation, promotion et rayonnement, recherche et numérique, développement durable). 

Les travaux communs portent notamment sur une semaine d’échange entre les étudiants du groupe, période durant laquelle les étudiants peuvent choisir de suivre un cours complet dans une des autres écoles du groupe ; la mise en place d’ateliers-débats en langue anglaise entre les écoles du groupe comme récemment le « Debating week-end » qui s’est tenu à Salon-de-Provence en décembre 2021; la mise en place d’un cercle de réflexion et d’échanges sur les différentes méthodes pédagogiques déployées dans les écoles ; elle accueille encore cette année au printemps le séminaire espace du groupe ISAE et participera au Summer Space Program cet été à l’attention d’étudiants étrangers. 

Des travaux de recherche et d’innovation sont également favorisés par les échanges. Par exemple, le 27 mai 2021, sur la base aérienne 701 « général Pineau », les différentes écoles d’ingénieurs du Groupe ISAE ont présenté le projet de prototype de planeur électrique nommé « Euroglider ». 

Lancée en 2014, cette initiative a pour but de développer un planeur biplace de formation et d’entraînement, autonome, à propulsion électrique aux côtés de l’Association européenne pour le développement du vol à voile, Dassault Aviation et avec la participation du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS).

C’est un projet innovant qui s’inscrit pleinement dans la transition énergétique du secteur aéronautique. 

 

L’EAE a pour ambition d’être une Académie air et espace de référence en Europe : quelles relations entretenez-vous avec vos homologues de l’Union européenne ? 

Nous entretenons des relations étroites avec les partenaires de l’Armée de l’air et de l’espace.

Une action forte consiste notamment dans le développement de l’offre de séminaires / conférences, Winter et Summer Schools, l’accueil de professeurs et de cadres militaires étrangers, l’organisation de compétitions (wargames, hackathon, défis aériens ou en analogues spatiaux…) européennes et/ou internationales ainsi que les échanges de cadets auprès de partenaires internationaux.

L’EAE s’emploie particulièrement à valoriser sa formation auprès d’officiers d’autres académies dans différents domaines et notamment dans les domaines du spatial, du cyber et des drones.

En parallèle, le développement de partenariats avec des entreprises de pointe dans le domaine de l’aéronautique et du spatial, aux niveaux européen et international, permet d’accroitre l’attractivité de l’École, concourant pleinement à son rayonnement et son positionnement en tant que leader dans le domaine de la formation des officiers aviateurs.

L’École s’inscrit par exemple dans le programme européen EMILYO : elle est engagée dans ce programme à travers la construction d’un semestre international et participe grandement à la création d’autres modules. 

Le nouveau statut permet aussi de développer les échanges dans le cadre du programme ERASMUS + .

Par ailleurs, l’EAE entretient des relations privilégiées avec des académies étrangères telles que l’USAF Academy, la RAFC Cranwell (GB) ou l’OSLw (Allemagne). 

L’École accueille également le cours spécial de l’École de l’air et de l’espace intégré au cursus licence et forme des chefs militaires étrangers appelés à exercer des responsabilités à un très haut niveau de la hiérarchie.

Elle accueille depuis maintenant 2 ans des cadets saoudiens en formation licence.

Enfin, de nombreux stages de fin d’étude sont effectués par les élèves dans de nombreux pays en Europe ou hors Europe.

 

Quelles nouvelles initiatives prévoyez-vous de prendre à court et moyen terme ? 

Tout en maintenant une formation militaire de pointe, l’EAE va davantage développer la recherche et l’innovation et souhaite s’engager dans le développement d’une plateforme d’innovation aéronautique et spatiale positionnée à Salon-de-Provence en créant un lieu pouvant accueillir des entreprises, start-up ou petites et moyennes entreprises et développer ainsi un lien entre les activités de l’EAE et le secteur public ou privé basé sur le quadriptyque « opérationnels- chercheurs- enseignants - entreprises ». La situation exceptionnelle de l’École de l’air et de l’espace localisée en Région Sud - PACA, son expertise dans le domaine aéronautique et spatial, son implantation aéronautique privilégiée – pistes d’envol, zones aériennes – sont autant d’atouts remarquables pour ce projet de plateforme d’innovation aéronautique et spatiale unique.

Cette structure novatrice alliera technologies de pointe et une grande ouverture culturelle de « melting pot » aéronautique et spatial.

Pour mener à bien ce projet ambitieux, l’École a recruté un chef de projet dédié expérimenté afin d’animer et de structurer le projet.

 

Quels sont les trois objectifs prioritaires que vous vous assignez pour cette nouvelle Année 2022 ?

Je souhaite mener mon action en cette année 2022 sur les 3 objectifs suivants :

  • Devenir un Pôle d’excellence des armées et de l’écosystème de l’enseignement supérieur dans le domaine aérospatial de défense.
  • Intégrer l’environnement multi-champs multi-milieux à la formation au commandement.
  • Et bien entendu, poursuivre la dynamique de la stratégie partenariale en cours !

 

Plus d’informations sur 

https://www.ecole-air-espace.fr/




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