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30 janvier 2016
Lettre 3AF

Méthodologie d’élaboration d’une base de données bibliographique initialement

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Le sujet des PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) connaît une situation paradoxale avec une documentation en quantité dont il est le plus souvent impossible de garantir l’origine et la qualité. Documents officiels, documents d’apparence officielle, rapports de groupes de travail, blogs et sites internet, bases de données diverses et variées composent un paysage documentaire hétéroclite qui limite le plus souvent toute analyse sérieuse des phénomènes répertoriés.

Dans le souci de centrer son action sur l’analyse scientifique des phénomènes PAN, la commission Sigma 2 a choisi de mettre en place une base de données documentaire destinée à mieux établir, sur la base de critères objectifs, la qualité des documents qu’elle consulte pour ses travaux. Cette base de données en cours de constitution tient donc lieu d’abord de méthode de travail en même temps qu’elle constitue un réceptacle destiné à rassembler de manière organisée la documentation disponible pertinente pour les analyses menées par la commission.

 

QUELLE EST LA MÉTHODE ADOPTÉE PAR LA COMMISSION TECHNIQUE « SIGMA 2 » 

 

La méthodologie Sigma 2 est d’abord un outil bibliographique destiné à évaluer la qualité des documents et non pas la qualité des données qu’ils contiennent. Sans évaluation de la fiabilité des sources, il n’est pas d’analyse scientifique sérieuse. Pour cette raison, la base de données fonctionne de manière classique en utilisant une fiche signalétique pour chaque document répertorié. Cette fiche permet à la fois l’indexation dans la base de données à partir de champs classiques (type de document, auteur, date, etc.) mais aussi une évaluation de la qualité de ce document par l’existence champs spécifiques qui permettent de produire un indice de fiabilité du document concerné. Cet indice se compose à la fois d’éléments de bon sens que tout spécialiste de l’analyse de document utilise (type et fiabilité de la source, traçabilité, type d’auteur, etc.) mais aussi d’éléments plus spécifiques, inspirés des techniques de collecte de témoignage avec par exemple, une notation de l’écart temporel entre l’observation du phénomène et la déclaration effectuée par le témoin (en gendarmerie notamment) ou la durée du phénomène observé (de quelques secondes à plusieurs heures, voire sur plusieurs jours de manière récurrente par exemple).

 

Compte tenu de la profusion de la documentation existante, les premiers critères mentionnés d’analyse classique de la fiabilité physique et bibliographique des sources sont évidemment essentiels. Ainsi un premier classement prend en compte la façon dont la commission s’est procuré le document. Un document originaire d’un pays donné mais collecté dans un autre aura par exemple moins de poids qu’un document collecté dans son pays d’origine, éventuellement auprès de l’organisme qui l’aura officiellement émis. Les exemples sont nombreux de pseudo-documents officiels qui circulent sur internet et qui sont censés être des fac-similés de documents originaux. On peut citer l’exemple d’un document américain réputé « officiel » doté de quatre versions, d’apparences aussi authentiques les unes que les autres (apparence « d’époque », présence de tampons, d’annotations, de tâches, etc. visant à authentifier l’origine, à « faire vrai »…). A ce titre, les documents peuvent être des textes, mais aussi des photos, des vidéos, des comptes –rendus de trace radar, qui tous doivent faire l’objet de cette traçabilité en dépit de leur apparence valide.

 

Bien sûr le type du document (officiel attesté ou collecté sur un blog) doit être précisé. On s’en doute, la note de fiabilité s’en trouvera fortement modifiée. A nouveau cela ne signifie pas que par principe le document issu d’un blog sera ignoré de la commission. Il sera simplement considéré en connaissance de cause. Il existe ainsi dans la base une hiérarchie qui se veut la plus objective possible mais qui peut évidemment toujours faire l’objet d’ajustements ultérieurs si le besoin s’en fait sentir. La nature du document fait l’objet d’un classement de la même façon avec des différences selon qu’il s’agit par exemple d’un procès-verbal officiel, d’un rapport de groupe de travail ou d’un essai publié en librairie. A nouveau ici la liste n’est pas exhaustive mais l’échelle de classement de la base de données est conçue de façon à prendre en compte l’ensemble de la documentation sans discrimination en entrée.

 

UN OUTIL QUI AFFINE LES TRIS EXISTANTS

 

Ce classement de nature strictement bibliographique se complète dans chaque fiche d’un classement sur la forme et la nature des informations transmises. A nouveau, il ne s’agit pas à ce stade d’entreprendre l’analyse scientifique des données contenues dans les documents. Il s’agit simplement d’évaluer le contexte des informations transmises avec par exemple l’identification des dates mentionnées. Un procès-verbal de gendarmerie mentionnant un témoignage collecté deux heures après le phénomène sera « mieux noté » qu’un procès-verbal identique relatant un phénomène intervenu vingt ans auparavant ! 

 

Mais aussi, la base de données utilise un ensemble de mots-clés (témoignages, éléments physiques, photos, vidéos, etc.) pour décrire la teneur du document transmis avec là encore une notation différente si par exemple le document présente en annexe des mesures physiques certifiées. Nous touchons là au cœur de l’activité de Sigma 2 et cette hiérarchisation correspond aussi aux objectifs et au mandat de cette commission. Il faut noter que cette méthode de notation se distingue de la méthode mise en place par le GEIPAN, le groupe d’étude et d’information mis en place au CNES sur ces phénomènes, qui elle s’attache à discerner des indices d’étonnement et classifie directement (de A à D) le contenu des phénomènes répertoriés. Cette complémentarité des deux méthodes permet à la commission Sigma (en collaboration avec le GEIPAN) de reprendre des cas accessibles (notés D par exemple) pour en compléter la notation et conduire éventuellement à leur prise en considération par Sigma 2. 

Au fil du renseignement des fiches, chaque document se voit donc associer une note qui permet de qualifier les matériaux sur lesquels la commission travaille, avec au bout du compte une capacité à pondérer les conclusions scientifiques si besoin est.

 

DES EXEMPLES MARQUANTS 

 

Le cas Français d’Amarante de 1982

La base de données du GEIPAN (CNES) offre d’abord une source documentaire qui répertorie des documents dont l’origine est contrôlée (procès verbaux de gendarmerie le plus souvent) et classe les phénomènes selon leur indice d’étrangeté, leur degré « d’inexplicabilité » pourrait-on dire (figure 1). Sigma2, en relation avec le GEIPAN, s’appuie sur ce travail considérable et reprend certains de ces cas. Il s’agit dans un premier temps de compléter le travail effectué pour juger des caractéristiques de la rédaction même des témoignages reçus selon les critères déjà cités (classement de la qualité des témoignages reçus, délais de collecte des données, etc.). Ainsi, le cas de l’observation d’un engin de forme ovale (et d’environ 1,5 m de diamètre) en sustentation à un mètre du sol pendant une vingtaine de minutes avec rapprochement de l’observateur à près de 50 cm, cas classé D par le GEIPAN pour son indice d’étrangeté, a pu faire l’objet d’une analyse scientifique compte-tenu d’effets supposés sur la végétation (effets électriques, déshydratation). 

 

Le document répertorié est un compte-rendu ex-post des conclusions d’un groupe de travail mis en place au sein du GEPAN (alors la dénomination de l’actuel GEIPAN). La méthodologie mise en œuvre pour le recueil du témoignage de l’observateur ainsi que pour celui des traces physiques, méthodologie reflétée dans le compte-rendu du GEPAN, en font l’un des cas a priori les plus sérieusement documenté compte-tenu de l’existence de matériau à analyser. Néanmoins, une analyse critique de ce document existe qui a mis en évidence de nombreuses failles dans le recueil du témoignage et dans l’absence de vérifications de certaines incohérences. La méthodologie Sigma consiste elle à ne considérer que la nature et la valeur du document présenté et à mettre en perspective les éléments physiques présentés avant de les répertorier et de les considérer en rapport avec d’autres éléments éventuellement similaires. Dans le cas d’espèce, aussi intéressant que puissent être ces éléments, d’emblée le document ne peut pas avoir les mêmes caractéristiques documentaires que le procès-verbal d’origine (éloignement temporel et géographique) et il se trouve à ce titre « moins bien noté ». Par ailleurs, la description même du phénomène souffre du fait qu’il n’y ait eu qu’un témoin et que la durée du phénomène ait été relativement courte, environ 20 minutes. 

 

Ces aspects du dossier affectent également à la marge la notation du document (23 sur une note maximum possible de 41), les pondérations les plus fortes concernant la traçabilité et la fiabilité de la source documentaire ainsi que la proximité temporelle de sa rédaction avec le déroulement même de l’évènement décrit. Le cas signalé ici est intéressant pour illustrer la « mécanique » de la méthode d’analyse bibliographique sur laquelle Sigma2 appuie ses analyses et qui s’attache, on l’a compris, à donner au groupe de travail les éléments premiers, factuels, d’appréciation de la qualité des sources. Pour autant, le document fait le point des examens physiques pratiqués sur les données collectées à l’époque du phénomène et à ce titre il constitue pour le groupe Sigma l’un des points de départ sérieux pour la mise en place du corpus des données scientifiques qui seront regroupées et analysées, d’abord dans leur distribution statistique puis dans leur nature même à l’aide de l’expertise pluridisciplinaire réunie au sein du groupe.

 

Le cas Minot (Etats-Unis) (figure 2)

Bien évidemment, la base de données SIGMA considère un ensemble vaste de documents, au-delà même du seul cadre national et officiel. Ainsi la base se donne aussi pour objectif de répertorier les documents relatifs à certains des cas les plus connus comme par exemple celui concernant les témoignages nombreux de survol d’une base de missile Minuteman, la base américaine Minot dans le Dakota du Nord, pendant la nuit du 24 octobre 1968 par un objet lumineux doué d’une grande vélocité, repéré à la fois depuis le sol par l’ensemble du personnel de la base et donnant lieu à survol par un avion B-52 de retour à la base. L’ensemble des témoignages, mis au jour seulement relativement récemment, ont évidemment fait l’objet de plusieurs comptes-rendus officiels aujourd’hui portés à la connaissance du public dans le cadre du projet Blue Book. A la fois le nombre, la qualité, voire la précision (dessins, 14 enregistrements sur le « radarscope » du B-52 pris en photo, documents échangés entre enquêteurs officiels) font de ces documents des pièces uniques témoignant d’un phénomène singulier qu’il semble de difficile de confondre avec la manifestation d’un phénomène naturel qui d’ailleurs aurait provoqué des interférences avec l’électronique des installations des zones de lancement, incident reconnu mais qui serait réputé temporellement séparé. A ce titre, le dépouillement de ces documents est important pour relever l’ensemble des données qui pourront être confrontées et comparées avec d’autres cas. Pour autant, la nature des documents et leurs modes de transmission (déclassification par des groupes de passionnés, présence sur des blogs sans traçabilité aux archives officielles) ne peut attester de leur pleine authenticité ce que la base de données Sigma indique par le biais d’une note documentaire relativement basse. 

 

Pour autant, il faut noter que le recensement de cet ensemble de pièces demeure indispensable pour permettre la comparaison et noter d’éventuelles récurrences qui permettront de mieux axer les travaux d’analyse du groupe. La base de données permet à la fois en amont (document manifestement douteux) ou en aval (document non complètement ou complètement authentifié) de préparer au mieux la phase de recherche et de mieux qualifier les matériaux considérés.

 

Enfin, les documents officiels permettent d’attester de l’authenticité mais peuvent aussi être sujets à caution sur l’exactitude du contenu dans certains cas.

 

CAPITALISER SUR LA BASE DE DONNÉES ET LA MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE

 

Pour des raisons de bonne gestion et de sécurité, la base de données n’est évidemment accessible qu’aux membres d’une équipe restreinte de la commission. Un travail est en cours pour assurer la pérennité de la base et son intégrité. Il est impératif en effet de vérifier l’intégrité des entrées effectuées en amont, sous peine d’invalider la raison d’être même de la base.

Une seconde phase de l’activité « base de données » de la commission, elle aussi en préparation, consiste en la mise en place d’une base de données orientée cette fois sur les documents plus spécifiquement techniques collectés par la commission. ?

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