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23 décembre 2020
Lettre 3AF

ÉDITORIAL LETTRE 3AF N°45

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Depuis le démantèlement du site de lancement des missiles sol-sol balistiques du plateau d’Albion, la France ne compte plus que deux des trois composantes de la triade nucléaire : la force aéroportée avec l’ASMP-A et les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins avec le M51, qui est le seul missile balistique stratégique de notre force de dissuasion. En cette année 2020 qui vit le tir d’un M51, revenons avec François Coté sur les essais en vol qui depuis 2006 ponctuent ce programme.

Sans perdre de vue la crise actuelle du transport aérien et ses répercussions sur la construction aéronautique, le dossier de cette Lettre est consacré à l’aérodynamique, dont la commission technique éponyme constitue, avec ses 72 membres, une force importante de la 3AF.

Moyen d’essai incontournable pour l’aérodynamique, les souffleries françaises, industrielles ou de recherche, ouvrent la rubrique sciences et techniques aérospatiales. Deux des articles de cette Lettre sont issus du fascicule 2021, publié par L’Académie de l’air et de l’espace et X-Exed, qui organisent Les Entretiens de Toulouse (ET). La journée du 15 avril 2021 des prochains ET sera, pour le domaine aérodynamique 1 , consacrée à des débats sur les souffleries avec Pascal Crozier, directeur des souffleries ONERA de Modane et Jacques Borée, professeur à l'ENSMA Poitiers.

La suite de notre dossier s’intéresse à une aérodyna- mique moins classique, en ce sens qu’elle n’a pas trait à l’aviation, objectif premier de cette science lors de sa naissance à l’orée du XXe siècle. Pour autant la course à la réduction de la traînée aérodynamique est commune à tout ce qui vole ou qui roule et ce depuis les origines des souffleries. Dès 1914, Gustave Eiffel s’attachait à améliorer l’aérodynamique d’un véhicule de compétition Peugeot dans sa soufflerie d’Auteuil. L’article de Tewfik Benazzouz (Alstom) précise qu’un TGV, représentant une puissance équivalente à trente Formule 1, est le siège d’une trainée aérodynamique avoisinant 80% de la résistance totale à l’avancement.

La soufflerie de Gustave Eiffel apporte de nos jours sa contribution à l’aéraulique sous l’égide du Centre scien- tifique et technique du bâtiment (CSTB). Benoît Blanchard, directeur du laboratoire Aérodynamique Eiffel, rattaché au CSTB, présente les essais réalisés afin de concevoir des systèmes de ventilation naturelle. Mettre l’accent sur des solutions passives de climatisation, c’est promouvoir la meilleure forme de respect de l’environnement qui soit et renouer avec la tradition. Il y a plusieurs siècles déjà, les architectes persans climatisaient les maisons des notables en édifiant des badgirs 2 ou tours à vents dont les premiers prototypes remontent à l’Égypte ancienne.

Ce dossier Aérodynamique se termine par deux articles en lien avec le Muséum national d’histoire naturelle, où l’on compte parmi les auteurs le paléontologue Jean-Baptiste Steyer, déjà connu de nos lecteurs dans le cadre du projet FEDERATION 3. Les aérodynamiciens de Sorbonne université (Paola Cinnella) et de l’université Paris- Nanterre (Ali Hocine) s’intéressent à l’aérodynamique du Coelurosauravus, le plus ancien vertébré volant jamais découvert, vivant il y a plus de 250 millions d’années, ainsi qu’aux lézards du genre Draco, petits reptiles arboricoles, d’une masse de 35 g vivant de nos jours dans les forêts tropicales et montrant une très forte spécia- lisation au vol plané afin d’échapper à leurs prédateurs. Ce qui ne signifie pas qu’ils puissent prendre leur envol d’un point bas. D’ailleurs même chez les oiseaux, tous ne volent pas. L’outarde Kori, avec une masse de 20 kg, est le plus grand animal volant, mais elle doit prendre son envol d’un point haut. On se souvient également de la scène mémorable du dessin animé de Walt Disney, où Orville, pilote d’Albatross Air Service dont le nom est un clin d’œil aux frères Wright, peine à décoller avec ses passagers Bernard et Bianca. De telles études, outre leur intérêt scientifique évident, sont également source potentielle d’innovations pour l’aéronautique, les idées puisées dans la nature conduisant à développer de nouveaux concepts, tel le projet de microdrone ONERA à ailes battantes, qui s’inspire de la libellule.

 

Intéressons-nous, dans la foulée du colloque de Méaulte organisé par Eric Deletombe, président du Groupe régional Hauts de France, à l’industriel Henry Potez. Le rapprochement avec le sujet précédent des lézards volants fait irrésistiblement penser au dialogue de Michel Audiard, où un député interpelle le président du conseil, incarné par Jean Gabin : Il existe des patrons de gauche, je tiens à vous l'apprendre ! A quoi le président 5 répond : Il existe aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre !

Henry Potez avait en effet une image de patron social, auquel Jean-Pierre Cot, ministre de l’Air, rend un vibrant hommage en ce 27 août 1933, où il visite à Méaulte, la plus grande usine aéronautique du monde, inaugurant restaurant d’entreprise et divers équipements sportifs destinés aux ouvriers. Félicitant celui qui « fit surgir à Albert de cette terre meurtrie de la Somme un stade magnifique », il ajoute « Le travail moderne, c’est moins un homme, qu’une association qui commande à d’autres hommes, qu’une collaboration d’hommes établissant entre eux ces rapports - et je vous en félicite - que vous avez su créer entre vous, et tout votre personnel ».

Jean-Pierre Cot voyait également en Henri Potez « un homme conscient des responsabilités que lui crée ce titre de président de la chambre syndicale d’une des plus grandes industries françaises, de la plus grande puisqu’elle est destinée à permettre à notre pays de se rénover ». Souhaitons qu’en 2021, comme en 1933 et en dépit des lourdes menaces qui planent sur notre secteur, l’industrie aéronautique soit toujours le fer de lance de l’industrie française ...

 

 

Bruno Chanetz

Rédacteur en chef président du Haut conseil scientifique

 

 

 

 




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